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dimanche 21 septembre 2025

Le Mahzor de Lisbonne (FR, EN, ES, PT). JBCH N° 424

C'est avec mon cousin , Alain Hayat et son épouse Clara que l'ai parcouru les rues de Lisbonne, une des plus belles villes d'Europe. Mon cousin a été à l'initiative de la mise en place du monument qui rapelle que des buchers posés par l'inquisition au Centre de Lisbonne avait brûlé des milliers de juifs, une horreur absolue !


 Le  Mahzor de Lisbonne est le témoin d’un âge d’or et d’un exil du à l'inquisition, après 1500 ans de présence juive dans l'espace Lusitanien, 


La récente réunion, à la Bibliothèque nationale d’Israël, des différentes parties du Mahzor de Lisbonne, manuscrit liturgique portugais du XVe siècle, revêt une portée symbolique et historique considérable. 


Ce livre de prières pour les grandes fêtes juives:  Rosh Hashanah et Yom Kippour, fut réalisé dans les dernières décennies de la présence juive publique dans la péninsule Ibérique. 


Son retour à Jérusalem, sous forme d’acquisition et de numérisation, constitue non seulement un acte de préservation patrimoniale mais aussi une restitution mémorielle d’un monde disparu.




Une œuvre monumentale de l’école ibérique


Daté de la seconde moitié du XVe siècle, le Mahzor de Lisbonne est considéré comme l’un des ultimes chefs-d’œuvre de l’art hébraïque médiéval en terre ibérique. Il s’inscrit dans la lignée de manuscrits prestigieux, tels que la célèbre Bible de Lisbonne (aujourd’hui conservée à la British Library), qui témoignent du raffinement artistique et intellectuel des communautés juives portugaises. Les miniatures, calligraphies et enluminures qui ornent ces ouvrages révèlent un mélange subtil d’influences : gothiques, mudéjares et renaissantes.




Le Mahzor n’était pas un simple livre de prière. Par son luxe et son ampleur, il incarnait l’affirmation culturelle et spirituelle d’une communauté lusitanienne florissante, qui, au moment même de la réalisation du manuscrit, vivait pourtant ses dernières années de tranquillité.


À partir de 1492, l’histoire bascule. L’édit d’expulsion signé par les Rois catholiques chasse les Juifs d’Espagne. Des dizaines de milliers d’entre eux se réfugient au Portugal, alors encore relativement tolérant. Mais cette trêve est brève. En 1496, le roi Manuel Ier, sous pression politique et religieuse, promulgue à son tour un décret d’expulsion. 



Les Juifs du Portugal sont contraints de se convertir, de fuir ou de subir la violence des conversions forcées. C’est la fin officielle de la vie juive publique en Ibérie. Mais une étude publiée dans la rev.ue "Sciences" a établi que 40% des portugais auraient une ascendance juive,  confirmé par des tests génétiques


Le Mahzor de Lisbonne apparaît donc comme une œuvre rédigée à la charnière de deux époques : d’un côté, la splendeur culturelle et liturgique d’une communauté pleinement intégrée à la vie intellectuelle européenne ; de l’autre, l’effacement brutal et l’exil, prélude à la diaspora séfarade qui se déploiera en Afrique du Nord, dans l’Empire ottoman et jusqu’au Proche-Orient.


Le destin du Mahzor reflète l’histoire mouvementée de son peuple. Divisé en trois parties au fil des siècles, il circula à travers les communautés juives dispersées. Une première partie, contenant les prières du Shabbat, parvint à Jérusalem dès 1957, offerte par la communauté juive d’Alep. Les deux autres sections furent longtemps considérées comme perdues, avant de réapparaître récemment et d’être réunies à la Bibliothèque nationale d’Israël.


Cet événement s’inscrit dans une dynamique plus large de sauvegarde des trésors manuscrits juifs, à l’image de la préservation du Codex d’Alep ou du Crown of Damascus. Chaque pièce retrouvée contribue à reconstituer la mosaïque de la mémoire séfarade.


C'est un symbole de mémoire et de résilience La réapparition du Mahzor de Lisbonne revêt une signification profonde. D’un point de vue culturel, il rappelle que le judaïsme ibérique a laissé un héritage exceptionnel, non seulement dans la liturgie, mais aussi dans les arts, la philosophie et la poésie. D’un point de vue historique, il illustre la violence des ruptures : l’expulsion, la contrainte à l’exil ou à la conversion, et l’effacement d’un monde florissant en l’espace de quelques années.


En rassemblant ses fragments et en les numérisant, la Bibliothèque nationale d’Israël offre aux chercheurs comme au grand public l’occasion de redécouvrir ce patrimoine. Elle restaure symboliquement une continuité : celle d’une tradition qui, malgré la dispersion, a survécu et s’est réinventée dans de nouveaux foyers, d’Amsterdam à Safed, de Salonique à Tunis en passant par Livourne.



Le retour du Mahzor de Lisbonne à Jérusalem est lourd de sens. C’est le point de convergence d’une histoire de gloire et de tragédie, de perte et de transmission. 


En cette veille de Rosh Hashanah, il rappelle que la mémoire juive n’est pas qu’une archive du passé mais une source vivante, enracinée dans la prière, la culture et la persévérance d’un peuple.


En cette veille de Rosh Hashanah on regarde avec anxiété le double langage du Portugal car son gouvernement  contre l'avis de sa population, vient de reconnaitre la possibilité d'une existence pour un autre état pour les arabes de palestine.


Ainsi, ce manuscrit médiéval devient bien plus qu’un objet d’étude : il est le témoin d’un monde disparu et, en même temps, le signe de sa résurrection à travers la mémoire et la recherche. En revenant « à la maison », le Mahzor relie Lisbonne et Jérusalem, la diaspora et la terre d’Israël, le passé brisé et l’avenir de la tradition juive.






Cet article est personnel, je ne prétends pas être ni un scientifique, ni un historien, ni un professionnel du journalisme... 

C'est  délicat de témoigner quand on est un profane, mais dans ce blog j'exprime en général un coup de coeur 

d'après l'actualité , et le lecture de ma revue de presse internationale quotidienne

les photos et films sont prises sur le web, là aussi pour une utilisation strictement personnelle, privé

📜 English 


The Lisbon Mahzor: A Testament to Splendor and Exile


The recent reunion, at the National Library of Israel, of the dispersed parts of the Lisbon Mahzor, a 15th-century Portuguese prayer book for the High Holy Days, carries profound symbolic and historical meaning. Produced during the final decades of Jewish life in the Iberian Peninsula, the manuscript stands both as a cultural masterpiece and as a silent witness to a world on the verge of destruction.

A Monumental Work of the Iberian School

Written in the second half of the 15th century, the Mahzor belongs to the great tradition of Iberian Hebrew manuscripts, alongside the famed Lisbon Bible (today at the British Library). Its refined calligraphy and decoration reflect the artistic synthesis of Gothic, Mudéjar, and early Renaissance styles. Far beyond a liturgical tool, it expressed the intellectual and spiritual vitality of Portuguese Jewry.

A World on the Brink of Disappearance

The timing of the Mahzor’s creation coincided with a dramatic turning point. In 1492, the Jews of Spain were expelled. Many fled to Portugal, only to be expelled or forcibly converted in 1496 under King Manuel I. Thus, the Lisbon Mahzor embodies the very last flowering of Jewish cultural creativity in Iberia, right before the curtain fell on centuries of Jewish life.

Fragmentation and Reunion

Over time, the manuscript was split into three parts. One portion reached Jerusalem in 1957, donated by the Aleppo community. The remaining sections resurfaced only recently, now reunited in Jerusalem. Their return symbolizes both preservation and restoration, echoing the survival of Jewish memory across exile and dispersion.

Memory and Continuity

The Lisbon Mahzor’s homecoming is more than a cultural acquisition. It represents historical justice: restoring to the Jewish people the testimony of its Iberian heritage. By digitizing and making it accessible, the National Library ensures that what was once nearly lost now becomes part of collective memory. The Mahzor links Lisbon and Jerusalem, exile and return, destruction and continuity.


📜 Español


El Majzor de Lisboa: testimonio de esplendor y exilio

La reciente reunión, en la Biblioteca Nacional de Israel, de las partes dispersas del Majzor de Lisboa, un libro de oraciones portugués del siglo XV para las Altas Fiestas, tiene un profundo valor simbólico e histórico. Elaborado en las últimas décadas de la vida judía en la península ibérica, este manuscrito constituye tanto una obra maestra cultural como un testigo silencioso de un mundo al borde de la desaparición.

Una obra monumental de la escuela ibérica

Escrito en la segunda mitad del siglo XV, el Majzor forma parte de la gran tradición de manuscritos hebreos ibéricos, junto a la célebre Biblia de Lisboa (hoy en la British Library). Su caligrafía refinada y sus iluminaciones reflejan una síntesis artística de estilos góticos, mudéjares y renacentistas tempranos. Más que un simple libro litúrgico, expresaba la vitalidad intelectual y espiritual del judaísmo portugués.

Un mundo en la encrucijada

La creación del Majzor coincidió con un giro dramático. En 1492, los judíos fueron expulsados de España. Muchos buscaron refugio en Portugal, pero en 1496 el rey Manuel I decretó su expulsión o conversión forzada. El Majzor de Lisboa encarna, por tanto, el último florecimiento de la creatividad cultural judía en Iberia, justo antes del fin de una era.

Fragmentación y reunión

Con el tiempo, el manuscrito fue dividido en tres partes. Una llegó a Jerusalén en 1957, donada por la comunidad de Alepo. Las otras secciones reaparecieron solo recientemente y ahora están reunidas en Israel. Este retorno simboliza tanto la preservación como la restitución de la memoria judía dispersa.

Memoria y continuidad


El regreso del Majzor de Lisboa es más que una adquisición cultural: es un acto de justicia histórica. Al digitalizarlo y ponerlo al alcance del público, la Biblioteca Nacional asegura que un patrimonio casi perdido se convierta en memoria colectiva. El Majzor une Lisboa y Jerusalén, el exilio y el retorno, la destrucción y la continuidad.


📜 português


O Machzor de Lisboa   testemunho de esplendor e exílio


A recente reunião, na Biblioteca Nacional de Israel, das partes dispersas do Machzor de Lisboa, um livro de orações português do século XV para as Grandes Festas, possui um profundo valor simbólico e histórico. Produzido nas últimas décadas da vida judaica na Península Ibérica, o manuscrito representa ao mesmo tempo uma obra-prima cultural e um testemunho silencioso de um mundo prestes a desaparecer.

Uma obra monumental da escola ibérica

Escrito na segunda metade do século XV, o Machzor insere-se na grande tradição dos manuscritos hebraicos ibéricos, ao lado da célebre Bíblia de Lisboa (hoje na British Library). A sua caligrafia refinada e as iluminações revelam uma síntese artística de estilos góticos, mudéjares e renascentistas. Mais do que um simples livro litúrgico, ele expressava a vitalidade intelectual e espiritual do judaísmo português.

Um mundo à beira do fim

A criação do Machzor coincidiu com uma viragem dramática. Em 1492, os judeus foram expulsos de Espanha. Muitos refugiaram-se em Portugal, mas em 1496 o rei D. Manuel I decretou a sua expulsão ou conversão forçada. O Machzor de Lisboa é, portanto, o último florescimento da criatividade cultural judaica na Ibéria, imediatamente antes da ruptura definitiva.

Fragmentação e reencontro

Com o passar dos séculos, o manuscrito foi dividido em três partes. Uma delas chegou a Jerusalém em 1957, doada pela comunidade de Alepo. As outras partes reapareceram apenas recentemente, sendo agora reunidas em Israel. Este regresso simboliza a preservação e a restituição de uma memória fragmentada.

Memória e continuidade

O retorno do Machzor de Lisboa é mais do que uma aquisição cultural: é um ato de justiça histórica. Ao digitalizá-lo e torná-lo acessível, a Biblioteca Nacional garante que um património quase perdido se converta em memória coletiva. O Machzor liga Lisboa a Jerusalém, o exílio ao retorno, a destruição à continuidade.



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