Mon père grand reporter à la Presse de Tunisie, à l'Agence Reuter et à France Soir m'a donné deux parrains : Charles Carcopino et Jacques Andréani, deux journalistes corses de Tunisie.
Depuis, j'ai le sentiment que quelque chose de mémoriel m'a été transmis, et la Corse est toujours restée chère à mon coeur.
Mon souhait est que la Corse puisse être présente à Yad Vachem et nommée le plus rapidement comme territoire ayant sauvé des juifs des Nazis, "Justes parmi les Nations"
L’histoire des Juifs en Corse s’enracine dans l’Antiquité, avec une présence présumée dès l’époque romaine bien avant la destruction du Second Temple (70 de notre ère). Des exilés juifs, fuyant les persécutions romaines, s’installèrent dans le Sud, notamment près de Levie, à une vingtaine de kilomètres de Porto-Vecchio, où des traces d’écriture hébraïque et latine subsistent.
Les premiers juifs sont probablement arrivés en Corse Sardaigne qui ne fait qu’une seule région pour Rome sous Néron alors que des juifs sont envoyés en exil aux mines de sel en Sardaigne
Entre le VIIème et le IXème siècle alors que la Corse est sous influence musulmane comme la Sicile et que les juifs sont les commerçants de la méditerranée ils se sont installés dans l’île
Au IXe siècle, une immigration venue d’Égypte renforça cette communauté, intégrée à une population corse majoritairement issue de Ligure et de Toscane, régions marquées par une influence juive ancienne.
Au XVe siècle, des Juifs marranes, chassés par l’Inquisition ibérique, s’établirent dans les zones montagneuses centrales. Entre 1500 et 1530, sous la domination génoise, des migrants italiens, fuyant les persécutions, s’ajoutèrent.
En 1755, Pascal Paoli, proclamant l’indépendance corse, invita des Juifs d’Italie du Nord et d’Espagne, promettant des droits égaux pour stimuler l’économie, à l’image de leur prospérité à Livorno.
Jusqu'au XIXe siècle, des Juifs de Padoue (Padova) et d’Italie s’installèrent à Bastia et Ajaccio, fuyant les troubles européens.
En 1916, environ 800 Juifs, expulsés des provinces ottomanes de Syrie et Palestine durant la Première Guerre mondiale, trouvèrent refuge, notamment à Ajaccio, avec l’aide de l’Alliance Israélite Universelle.
En 1934, la synagogue Beth Meir fut inaugurée à Bastia, suivie en 1938 par l’ouverture d’un cimetière juif adjacent, témoignant de l’enracinement communautaire. Lors de la Seconde Guerre mondiale, en 1941, Vichy ordonna la déportation des Juifs étrangers. Paul Balley, préfet de 1940 à 1943, entrava ces ordres, et les villages montagnards (Asco, Haleva, Chera, Pie-trabugno) protégèrent des familles juives.
L’occupation italienne (1942-1943) freina les déportations avant l’arrivée allemande. Seule exception : Ignace Schréter, Juif polonais, arrêté à Ajaccio le 9 septembre 1942, déporté via Drancy. En mai 1943, 57 Juifs internés à Asco échappèrent au convoi, grâce à la résistance collective ancrée dans l’identité judéo-corse.
Après 1945, la communauté juive corse, estimée entre 400-600 personnes à Bastia et Ajaccio, déclina par assimilation, mais conserva des lieux symboliques comme la synagogue de Bastia et le cimetière juif.
Ninio, président de la communauté et originaire de Tibériade, joua un rôle clé dans les années 2000, organisant des offices, des commémorations et ravivant la mémoire juive corse.
En 2016, le mouvement Habad, sous l’impulsion du rabbin Levi Pinson, inaugura une synagogue permanente à Porto-Vecchio, soutenue par Chabad-Lubavitch de Nice, répondant aux besoins spirituels d’une communauté renaissante.
Depuis, Maxime Cohen, succédant à Ninio, milite pour la reconnaissance de la Corse comme « juste parmi les Nations », un projet débattu en 2025, reflétant son héritage de refuge. Aujourd’hui, avec les synagogues de Bastia et Porto-Vecchio, le cimetière juif et l’action de Ninio, l’île perpétue son histoire judéo-corse millénaire
Il existe de nombreux liens entre les patronymes corses et leurs origines juives, en particulier avec l’Italie du Nord (Ligurie, Lombardie), la Toscane, la Calabre et d’autres régions méditerranéennes.
Les noms de famille d'origine juive communs en Corse sont Angelini, Bianchi, Colombo (Colombani), Donati, Falco (Forconi), Giudici, Gentil, Cervi, Massa, Memmi, Mochi, Moro, Mori, Moretti,, Ventura, Santoni, Santelli, Sansoni, Sansonetti, Jacobi, Siméoni, Paccini, Les patronymes issus de la nature communs chez les marranes portugais : Figueras, Oliva, Spinoza (l’épine), Aguilar (l’aigle)… deviennent en Corse des Figari, Olivetti, Sitbon-Volerra, Spinozi, Forconi (les faucons)… suggérer une influence juive ancienne, renforcée par des migrations de marranes et d’Ashkénazes. Il faut relier ces patronymes à des contextes historiques et citer des sources comme Storia degli ebrei italiani de Riccardo Calimani et The Jews in Genoa de Rossana Urbani et Guido Nathan Zazzu.
On mentionne également des lieux (Rogliano, Tabarca) et des figures (Pascal Paoli, Samuel Aschkénazi) pour étayer une présence juive en Corse.
On établit une corrélation entre des noms corses (Angelini, Bianchi, Colombani, Forconi, Massa, Ventura) et des familles juives d’Italie du Nord, Toscane et Calabre. Par exemple, « Massa » (lié à Petro Massa, reconstructeur de Porto-Vecchio en 1569) apparaît aussi en Calabre sous « Mazza », suggérant une migration. « Ventura » (souhait de « bonne chance », équivalent hébreu « Mazel Tov ») est associé aux orphelins et aux Juifs séfarades.
Des noms liés à des villes (Pisa, Parma, Rogliano) indiquent une pratique marrane d’adopter des toponymes, courante pour masquer leur identité juive. Rogliano, avec une communauté juive en Calabre depuis le Xe siècle, est cité comme source probable de migration vers la Corse au XVIIe siècle.
La présence juive est tracée dès le Xe siècle à Naples, Salerne et en Calabre (Rossano, Cosenza, Rogliano), avec une extension naturelle vers les îles méditerranéennes comme la Corse. Les Juifs de Gênes ont accueilli en 1160 leurs frères, on note une arrivée « par milliers » après 1492, massacrés par l'Inquisition de la Péninsule ibérique
L’exemple de Samuel Aschkénazi (1592), promettant 210 doublons d’or à Scipione Luvico de Rogliano pour un voyage à Tabarca, illustre les liens commerciaux et migratoires entre Gênes, la Corse et la Méditerranée.
| Giacobbi | Du prénom hébraïque Yaakov (Jacques) | Dérivé du prénom biblique Jacob, courant chez les Juifs italiens. Associé à une immigration juive du Moyen Âge. | Refuté comme preuve d'origine juive massive ; plus souvent un patronyme chrétien issu de prénoms bibliques en Italie et Corse. |
| Simeoni (ou Siméoni) | Du prénom hébraïque Shimon (Simon) | Patronyme issu du prénom biblique Simon, répandu chez les Juifs séfarades d'Italie. | Courant en Corse via influences italiennes ; pas nécessairement juif, mais des mariages mixtes ont pu diffuser des lignées juives. |
| Zuccarelli (ou Zucarelli) | Du prénom hébraïque Zecharia (Zacharie) | Dérivé de "Zaccaria" (Zacharie), prénom biblique juif adapté en italien. | Toponyme corse (village de Zuccarello) ; d'origine juive démonté par les historiens, mais possible chez certaines familles. |
| Padovani | Référence à Padoue (Italie), ghetto juif | Nom donné à des réfugiés juifs de Padoue (1684), signifiant "de Padoue". Très répandu en Corse. | Juifs d'origine de Padoue ville avec une forte communauté juive persécutée. |
| Rossi (ou Rosso) | Surnom pour "roux" (hébreu "adom" = rouge) | Chez les Juifs italiens, lié à des traits physiques ou à Azaria di Rossi (érudit juif). Surnom pour des Juifs roux immigrés. | Extrêmement courant en Italie/Corse ; lien juif ,présent dans les communautés séfarades. |
| Pace (ou Pacini) | Du latin "pax" (paix), équivalent hébreu "shalom" | Nom juif italien (Pacifici) Shalom ou Scialolm, traduit par "paix" ; possible chez des Juifs de Livourne en Corse. | Double origine : aussi lié à des "paceri" (médiateurs de paix) dans la Constitution de Paoli (1755). |
| Santelli (ou Santoni) | De l'hébreu "qadosh" (saint, sanctifié) | Possible adaptation juive du prénom "Santo" ; hésitation juive à "sanctifier" hors de Dieu. | Probablement Cohen et prêtres juifs, prénom Santo en Italie du Sud) ; origine juive |
| Costantini | Du prénom latin "Constantinus", mais lien biblique | Associé à des prénoms bibliques constants chez les Juifs ; courant en Corse via mariages mixtes. | Pas spécifiquement juif ; dérivé de prénoms chrétiens stables. |
| Donati | Patronyme juif de Modène (Italie) | Nom répandu chez les Juifs italiens du Nord (ex. : Donato Donati, marchand juif du XVIe siècle). | Bien documenté comme juif en Italie ; présence en Corse via migrations. |
Cet article est personnel, je ne prétends pas être ni un scientifique, ni un historien, ni un professionnel du journalisme...
C'est délicat de témoigner quand on est un profane, mais dans ce blog, j'exprime en général un coup de coeur
d'après l'actualité , et la lecture de ma revue de presse internationale quotidienne
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