LE ROULEAU COMPRESSEUR TRUMP
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Atlantico : Un cessez-le-feu a enfin été annoncé hier jeudi et les otages israéliens devraient être libérés. Dans le fil de vos analyses précédentes pour Atlantico, pensez-vous que cette étape préfigure non pas uniquement une solution à Gaza mais un bouleversement majeur de tout le Moyen-Orient et une antichambre pour une paix durable dans la région ?
DZ : Après deux ans de guerre, il est important d’engranger cette 1ère étape des 5 premiers points du plan en 20 points de Donald Trump. Les déclarations de Donald Trump et de Benjamin Netanyahou à l’issue de leur rencontre du 29 septembre s’apparentaient à un ultimatum au Hamas qui n’avait le choix qu’entre accepter le plan ou l’enfer. Nous aurions pu craindre le pire ! Le Hamas aurait pu se braquer et s’enfermer dans une voie suicidaire ; il a été habile en acceptant de négocier… Le processus aurait pu s’éterniser. Mais, il s’enclencha rapidement. Une fois la porte entrouverte par l’organisation terroriste, Tsahal arrêta ses opérations militaires et commença à s’organiser en position défensive. Les négociateurs se retrouvèrent à Charm El Sheikh lundi 6 en fin d’après-midi. Trois jours plus tard, l’accord a été atteint sur la base du plan du président américain.
Indiscutablement, l’Égypte et les deux parrains du Hamas, Qatar et Turquie ont fait le nécessaire pour répondre aux attentes de Trump, et accessoirement accroître ses chances pour obtenir le prix Nobel de la paix. Une fois celui-ci décerné aujourd’hui, les vieux démons locaux pourraient reprendre le dessus.
Pour la suite, tout va dépendre du désarmement du Hamas et de la future gouvernance à Gaza. Tout est conditionné par l’attitude du dernier carré des dirigeants de l’organisation terroriste, de l’équilibre entre ceux de l’étranger et les résidents à Gaza, les jusqu’aux-boutistes et les réalistes. Le Hamas essayera de sauver le maximum et cela pourrait faire dérayer le processus et entrainer une reprise des opérations militaires.
Ne sous-estimons la situation à Gaza où plusieurs clans ou milices s’affrontent au Hamas, et qu’y règne une forme de chaos avec de très nombreuses exécutions.
La réforme de l’Autorité palestinienne peut aussi constituer un écueil. On peut espérer que Ramallah accepte de cesser de verser des indemnités aux familles de terroristes et de modifier les livres scolaires, mais qu’en sera-t-il des élections ? Le scénario catastrophique serait la tenue d’élections et une victoire du Hamas.
Nonobstant l’évolution de la relation entre Israéliens et Palestiniens, il pourrait y avoir en parallèle des avancées, peut être très rapides, avec l’Arabie saoudite, l’Indonésie, la Syrie… Certains évoquent même le Qatar et le Liban…
La situation actuelle est particulièrement étrange. Alors que l’État juif est au ban des Nations et que l’antisémitisme se déchaine de par le Monde, les 8 pays arabo-musulmans ont obligé le Hamas à accepter le plan Trump, aux deux sujets près du désarmement et de la gouvernance. Dans le même temps, ils ont amorcé un spectaculaire rapprochement avec Jérusalem écornant son isolement et créant le contexte d’une paix historique et durable.
Atlantico : Pourquoi, et par quelles voies, la démarche de Donald Trump a-t-elle permis de débloquer une situation qui paraissait être vouée à une sorte de guerre sans fin ?
DZ : Tout d’abord, la force de la démarche de Trump tient à sa dimension multilatérale en créant une coalition de 8 pays arabo-musulmans (Arabie saoudite, Égypte, Émirats arabes unis (EAU), Indonésie, Jordanie, Qatar, Pakistan et Turquie) et en associant Israël.
La faiblesse de l’initiative française a été d’exclure Israël et de chercher à lui imposer une solution qui ne tient pas compte des paramètres du terrain. La diplomatie française a récidivé hier jeudi en organisant une réunion des ministres européens sur Gaza, sans inviter l’État hébreu. Cela ne peut rien produire de positif et aura des effets négatifs sur le rôle de Paris dans les prochaines étapes. En ostracisant Jérusalem, Paris s’est mis hors-jeu. À la différence de pays comme l’Italie, il n’est pas sûr que la France fasse partie de la force internationale pour retrouver les dépouilles israéliennes ou pour assurer le désarmement du Hamas.
Par ailleurs, Donald Trump a eu l’intelligence de profiter du momentum pour accélérer le processus. Après deux ans de guerre, le monde arabo-musulman a compris qu’il aurait du mal à détruire Israël, comme l’Égypte après la guerre du Kippour. La pieuvre iranienne a failli asphyxier Israël, Mais Tsahal a desserré l’étreinte, à l’image d’Horace dans son combat contre les Coriaces, successivement contre l’Iran et ses différentes tentacules, Hezbollah, Houthis, Syrie, mouvements terroristes en Judée Samarie et Hamas à Gaza… Nonobstant le succès du 7 octobre 2023, le résultat est catastrophique pour Gaza et ses habitants.
Alors que le monde arabo-musulman était réuni à Doha pour condamner la frappe israélienne, et que le Hamas refusait de déposer les armes, ce groupe de 8 pays a acté qu’Israël a gagné la guerre, les guerres… et que, plus de 100 ans après la déclaration Balfour, le temps était venu de reconnaître Israël, comme l’a exprimé le président indonésien…
Plus généralement, la pression militaire israélienne a poussé les acteurs à trouver une solution.
Enfin, n’oublions pas le rôle du gendre de Trump, Jared Kushner, concepteur des Accords d’Abraham, revenu depuis peu dans le circuit ; il a une vision stratégique pour le Proche-Orient et ses nombreuses relations dans tous les pays de la région facilitent les rapprochements.
Atlantico : 2 ans après le 7 octobre, quel bilan tirez-vous de l’action de Benjamin Netanyahu que beaucoup ont accusé de prolonger la guerre sans nécessité pour garantir sa survie politique ?
DZ : Il a atteint tous ses objectifs de guerre, même s’il faut attendre encore la concrétisation les deux des points du désarment du Hamas et de la mise en place d’une gouvernance à Gaza excluant la Hamas. Netanyahou a dirigé le pays dans la tempête, conduit la, les guerres, la plus longue et la plus coûteuse de l’histoire de l’État juif, supervisé une société marquée par les morts, les blessés, les traumatisés…
On devrait très prochainement avoir le jugement du peuple lors d’élections qui devraient, selon la rumeur de Jérusalem, avoir lieu au printemps.
Atlantico : Si on se projette dans 2 ans ou dans 10, à quoi pourrait ressembler la région et à quoi pourrait ressembler « l’aspiration nationale » des Palestiniens ?
DZ : Il y a une semaine, en répondant à vos questions, j’avais utilisé cette expression d’ « aspiration nationale ». Celle-ci a vocation à s’inscrire dans une fédération jordano-palestinienne. La Jordanie représente 76 % de la Palestine mandataire, sans compter les éventuelles concessions territoriales qui découleraient d’un accord global et définitif ; deux-tiers de la population est palestinienne et la tribu hachémite est minoritaire.
La faillite du leadership palestinien conduit inéluctablement à se tourner vers le Roi Abdallah II pour trouver une solution à cette aspiration palestinienne d’autant que le prince héritier Hussein ben Abdallah est palestinien comme sa mère Rania. La perspective d’avoir un Palestinien sur le trône de Jordanie pourrait régler le sujet du leadership palestinien.
La Jordanie étant un État de Palestiniens, il peut être l’État des Palestiniens !
Rappelons que le drapeaux palestinien et jordanien reprennent les couleurs de la révolte arabe de 1916-1918 ; ils sont identiques à deux bémols prés, la taille du triangle rouge et l’étoile à sept branches du drapeau jordanien qui renvoie notamment aux 7 versets de la 1ère sourate.
Cette fédération jordano-palestinienne superviserait, en assurant la sécurité globale, un canton palestinien autonome en Samarie, éventuellement étendue à des territoires israéliens dans le cadre d’un échange de territoires ainsi qu’un canton palestinien autonome en Judée. La quête palestinienne d'identité nationale s'exercerait dans le cadre des structures étatiques actuelles réaménagées de la Jordanie surtout si le futur Roi est palestinien. Il lui appartiendra de conquérir les coeurs et de pallier la défaillance de l'actual leadership.
Parallèlement, il est plus que temps que l’Égypte reprenne, comme avant « la guerre des six jours » la supervision de Gaza qui bénéficierait, dans un cadre démilitarisé, d’une autonomie de gestion.
Atlantico : Quels sont les éléments qui pourraient encore faire dérailler la marche vers la paix ? Quid de l’Iran ? Et de la tentation que pourraient avoir la Chine ou la Russie d’empêcher la reconstitution d’une pax americana dans la région ?
DZ : Il ne faut pas sous-estimer la puissance de nuisance des terroristes du Hamas, du Djihad islamique ou de tout autre faction.
L’Iran pourrait perturber la région en poussant le Hezbollah à ne pas désarmer et à ne pas appliquer l’accord de novembre 2024. L’organisation terroriste chiite regarde de près ce qui se passe à Gaza car il craint la pression de Donald Trump et du groupe des 8 pays arabo-musulmans, d’autant que la très grande majorité des Libanais aspire à la paix avec Israël et que les autorités remplissent leurs obligations du deal de novembre.
Engluée en Ukraine, la Russie éprouverait des difficultés à contrecarrer le processus ne serait-ce que pour faire barrage aux Etats-Unis. Poutine a suffisamment contrarié Trump sur le sujet ukrainien pour ne pas prendre le risque d’en faire de même au Proche-Orient. L’influence russe a diminué avec la chute du régime de Bachar El Assad. En revanche, elle s’est accrue avec l’Iran, grand perdant des deux dernières années, grâce à ses achats de drones et à ses livraisons d’armes défensives ; les Russes doivent respecter un accord avec Israël aux termes duquel ils ne peuvent livrer que des armes défensives comme les Israéliens aux Ukrainiens.
Enfin, même s’ils ont pointé leur nez en organisant, il y a trois ans, la réconciliation entre Ryad et Téhéran, les Chinois sont trop liés aux Iraniens par les achats d’hydrocarbures et les livraisons de matériels militaires pour que les autres pays de la région leur fassent confiance.
Dov ZERAH
DHAREZ

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