László Krasznahorkai, la profondeur du désespoir et la lumière de l’art
Il m'a fallu plusieurs jours pour digérer cet écrivain juif hongrois, Il m'est difficile de le cerner, car je n'ai pas encore lu son oeuvre, László Krasznahorkai, couronné du Prix Nobel de littérature 2025, incarne l’essence même de ce que l’on appelle une âme européenne, une âme marquée par la tragédie, la quête de sens, et la foi absolue dans le pouvoir salvateur de la littérature.
Né en 1954 en Hongrie, il a deux ans quand l'URSS de Brejnev envahit son pays. Il appartient à cette génération d’écrivains formés dans l’ombre du totalitarisme, où l’expression artistique était à la fois un refuge et un acte de résistance.
Fils d’un père juif ayant caché son identité pour survivre au communisme et à la mémoire encore brûlante de la Shoah, Krasznahorkai a grandi dans une tension entre silence et vérité, entre survie et révélation. Ce n’est qu’à l’âge de onze ans qu’il découvre son ascendance juive — une révélation qui marquera profondément sa vision du monde et sa conception de l’écriture.
Son grand-père, pour protéger la famille, changea leur nom de Korin en Krasznahorkai. Ce geste, apparemment anodin, est le symbole de toute son œuvre : une lutte entre l’effacement et la mémoire, entre l’identité imposée et celle que l’on reconquiert par la parole. Krasznahorkai écrit comme on exhume : lentement, méthodiquement, avec une intensité qui frôle la transe. Ses phrases, longues et spiralées, semblent refuser le point final, comme si la vérité ne pouvait se dire qu’en mouvement, dans le flux continu du langage.
Son style, souvent qualifié de réalisme apocalyptique ou fantastique, est d’une densité rare. Il prolonge la tradition d’Europe centrale — celle de Kafka, Musil, Thomas Bernhard — tout en la métissant de méditations orientales. Dans son œuvre magistrale Sátántangó (adaptée au cinéma par Béla Tarr), le désespoir métaphysique côtoie le grotesque rural ; la fin d’un village devient parabole de la fin d’un monde. Dans Seiobo est descendue sur terre, il adopte une écriture quasi mystique, tournée vers l’éternité, le Japon, la beauté intemporelle des gestes humains.
Chez lui, l’Apocalypse n’est pas seulement destruction : elle est révélation. Ses personnages marchent dans les ruines de l’Histoire, mais c’est pour y chercher des éclats de sens, de beauté, d’absolu. Son œuvre est un pont entre la culpabilité et la grâce, entre la désolation de l’homme moderne et la transcendance de l’art. Traduire Krasznahorkai, comme l’a confié sa traductrice Joëlle Dufeuilly, c’est affronter une langue envoûtante, musicale, où chaque phrase devient un fleuve qui engloutit la syntaxe pour recréer un souffle — un souffle quasi biblique.
Le choix du comité Nobel ne consacre pas seulement un écrivain : il réhabilite aussi une culture, celle des petites langues, souvent étouffées par l’hégémonie anglo-saxonne. En distinguant un Hongrois après Imre Kertész (lui aussi d’origine juive et rescapé de la Shoah).
la Suède bien différente de la Norvège, rappelle que la littérature mondiale ne se réduit pas aux grandes nations mais qu’elle s’enracine dans les fractures, les marges, les langues minorées.
Le parcours de Krasznahorkai témoigne d’une fidélité obstinée à cette idée : l’art est la seule résistance possible au désespoir. Lui qui écrivait : « Je crée la réalité, je ne la représente pas », fait de chaque roman une cosmogonie. Sa prose n’est pas un miroir du monde, mais une recréation de celui-ci — une tentative de redonner au chaos un ordre, fût-il fragile et provisoire.
László Krasznahorkai, lauréat du prix Nobel de littérature 2025, est reconnu pour ses romans sombres et philosophiques, tels que Satantango et La Mélancolie de la résistance. Son style unique, caractérisé par des phrases longues et une atmosphère apocalyptique, s’inscrit dans une tradition littéraire centrale-européenne influencée par Kafka et Thomas Bernhard .
Sur le plan politique, Krasznahorkai a exprimé à plusieurs reprises sa désapprobation envers le gouvernement d’Orbán. Il a notamment qualifié la position de la Hongrie sur la guerre en Ukraine de « cas psychiatrique », soulignant son opposition à la neutralité du pays face à l’invasion russe .
Malgré ces divergences, Viktor Orbán a félicité Krasznahorkai pour son prix Nobel, le qualifiant de « fierté de la Hongrie ». Cette reconnaissance officielle contraste avec les critiques publiques de l’écrivain envers le gouvernement hongrois .
La relation entre Krasznahorkai et Orbán illustre la tension entre la liberté d’expression artistique et les orientations politiques autoritaires. Bien que Krasznahorkai soit une voix dissidente, son œuvre continue de recevoir une reconnaissance internationale, tandis qu’Orbán maintient une position officielle de soutien, malgré les critiques internes.
Ainsi, bien que Krasznahorkai et Orbán partagent une nationalité, leurs visions du monde et de la politique hongroise sont nettement opposées, reflétant les dynamiques complexes entre art, pouvoir et liberté d’expression. Krasznahorkai appartient à cette lignée d’auteurs pour qui écrire, c’est sauver.
On peut ajouter que, comme le Tikkoun Olam dans la Cabbale, l’œuvre de Krasznahorkai explore les fissures morales et existentielles du monde, cherchant à révéler et réparer les blessures humaines après la Shoah, mais par la littérature plutôt que par la mystique.
Ce qui reste de l’homme après la barbarie, sauver la beauté d’un geste, d’un mot, d’un souvenir. Son judaïsme caché, son éducation sous le communisme, son rapport quasi mystique à l’art en font un passeur entre les ténèbres et la lumière. En lui, la mélancolie n’est jamais désespoir : elle devient vision, lucidité, compassion.
Le Nobel de littérature 2025 lui rend justice non seulement pour son œuvre mais pour son âme, cette âme d’Europe centrale, blessée et visionnaire, où se mêlent la mémoire de la Shoah, la ferveur religieuse, la folie de l’Histoire et la musique du silence.
Krasznahorkai nous rappelle que, même « au milieu de la terreur apocalyptique », il reste un pouvoir qui ne s’éteint jamais : celui de l’art, ce miracle fragile par lequel l’homme, encore une fois, se sauve de lui-même
Cet article est personnel, je ne prétends pas être ni un scientifique, ni un historien, ni un professionnel du journalisme...
Cet article est personnel, je ne prétends pas être ni un scientifique, ni un historien, ni un professionnel du journalisme...
C'est délicat de témoigner quand on est un profane, mais dans ce blog j'exprime en général un coup de coeur
d'après l'actualité , et le lecture de ma revue de presse internationale quotidienne
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