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mardi 14 octobre 2025

Dov Zerah ATLANTICO : Le Grand Soulagement. JBCH N° 504

LE GRAND SOULAGEMENT
 
Bonjour
Bonne lecture
 
Atlantico : Avec la libération des derniers otages israéliens vivants après deux ans de captivité, peut-on estimer que la journée du 13 octobre marque un tournant durable dans le processus de paix entre Israël et plusieurs de ses voisins ? Est-ce que la situation actuelle procède aussi d'une prise de conscience turque et qatari ? Peut-on aussi affirmer que nous assistons à une relance des Accords d'Abraham ?
 
Dov Zerah : Oui, c’est un vrai tournant. Deux ans après le pogrom du 7 octobre, même si toutes les dépouilles juives ne sont pas encore rentrées, ce 13 octobre marquera l’histoire d’Israël et du Proche-Orient. Avec plus de 2 200 morts, L’État juif termine la guerre la plus longue et la plus couteuse de la dizaine de conflits qu’il a dû affronter. Les Israéliens vont pouvoir commencer à panser leurs plaies, à soigner les traumatisés, à se reconstruire.
 
Avec la coalition de 8 pays arabo-musulmans (Arabie saoudite, Égypte, Émirats arabes unis (EAU), Indonésie, Jordanie, Qatar, Pakistan et Turquie) qu’il a créée, Donald Trump est en train de modifier le paysage proche oriental. Cela a été possible car les deux parrains « frères musulmans » du Hamas, le Qatar et la Turquie, ont compris que l’organisation terroriste avait perdu la guerre, intériorisé que la continuation des combats n’aurait apporté que destructions et morts… qu’il fallait arrêter et essayer de sauver l’essentiel. Le Hamas, malgré quelques gesticulations sans effet réel a dû accepter le plan en 20 points de Trump. Il convient de noter qu’un article récent dans la presse iranienne n’a pas hésité à reconnaître que l’initiative du 7 octobre a été une erreur eu égard ses résultats.
 
Maintenant, nous allons assister à une relance des Accords d’Abraham, avec en premier lieu l’Indonésie et l’Arabie saoudite à plus ou moins brève échéance. Dans le même temps, l’annonce de la prochaine restitution des restes de l’espion israélien Élie Cohen préfigure un début de normalisation des relations entre la Syrie et l’État hébreu.
 
Mais des obstacles demeurent ou se profilent à l’horizon. Hier, nonobstant la joie de la libération des otages vivants, la non restitution de 24 dépouilles a constitué la 1ère violation de l’accord. Le retard est-il dû aux difficultés de leur localisation ou à la volonté du Hamas de ne pas prendre le risque que les autopsies ne permettent de découvrir les maltraitances subies par les otages… ?
Le désarmement du Hamas, la gouvernance de Gaza et la réforme de l’Autorité palestinienne (fin des subventions aux familles des terroristes, modification des livres scolaires et élections…) constituent les prochains obstacles.
Mais, ils peuvent encore ralentir le mouvement, comme ce fût le cas avec le pogrom du 7 octobre. Néanmoins, ils ne pourront pas l’arrêter car le monde arabo-musulman, las du refus palestinien, a pris acte de l’échec de la pieuvre iranienne avec ses proxis, et souhaite tourner la page.
 
Atlantico : Dans quelle mesure le sommet de Charm-el-Sheikh, sous l'initiative égyptienne, contribue-t-il à construire une diplomatie de confiance entre les parties en conflit ?
 
DZ : Coprésidé par les présidents américains et égyptien, ce sommet de Charm-El-Sheikh avait pour objectif de valoriser le rôle de l’Égypte revenue au centre du jeu.
Elle a permis au président Al Sissi de saluer et faire saluer le rôle de Donald Trump ; le président américain a instrumentalisé la rencontre pour faire le show.
Enfin, l’objectif affiché de la rencontre, la signature entre les États-Unis, l’Égypte, le Qatar et la Turquie d’un document de garanties américaines affirmait le rôle fondamental de ces trois pays arabo-musulmans dans le respect par le Hamas du plan de Donald Trump. Mais, n’oublions pas que la présidence du « board for peace » assurée par Donald Trump et la présence de 300 soldats américains constituent les vrais gages de la réussite du plan de Trump.
 
Mais ce sommet n’a et n’aura aucun effet positif dans le processus de rapprochement dès lors qu’Israël n’était pas présent. Comment peut-on envisager faire la paix au Proche-Orient sans Israël ? L’événement aurait eu une toute autre ampleur si Benjamin Netanyahou avait été présent. Mais, sa participation aurait été un désaveu de la Cour pénale internationale (CPI) et de la propagande de nombreux pays depuis 2 ans ; comment s’asseoir à la même table que Benjamin Netanyahou et continuer à parler de génocide ou de crimes de guerre ? Certains pays ont refusé sa présence alors que leur influence est négligeable sur les réalités locales. Seule la présence de Donald Trump a empêché que le sommet ne se transforme en forum onusien de critiques anti-israéliennes.
 
Seul événement de ce sommet, le tacle d’Emmanuel Macron par Donald Trump. L’Américain a sciemment humilié le français qui, nonobstant son soutien au plan de Trump, ne cesse de semer la confusion en articulant son propre plan et en organisant réunion sur réunion… Au lieu de continuer sa croisade contre Israël, Emmanuel Macron aurait dû faciliter l’invitation de Benjamin Netanyahou à c e sommet !
 
Atlantico : L’implication d’acteurs régionaux et internationaux (États arabes, États-Unis, Europe…) dans les négociations offre-t-elle des garanties suffisantes pour la mise en œuvre concrète d’un cessez-le-feu durable et de l’aide humanitaire à Gaza ?
 
DZ : C’est une condition nécessaire mais non suffisante à la réussite du plan Trump. Mais, un premier test sera fait avec la composition de la force militaire d’interposition. Israël semble avoir un droit de véto dans la participation d’un État et il est plus que vraisemblable que Jérusalem refusera Ankara.
 
Atlantico : Quelles mesures pourraient être prises pour que les progrès actuels (libérations d’otages, entrée d’aide humanitaire, première phase du plan de paix) ne restent pas ponctuels mais s’inscrivent dans une trajectoire irréversible de désescalade ?
 
DZ : Il faut aller très vite dans la démilitarisation de la bande de Gaza. Le ramassage des armes de tous les mouvements terroristes et la destruction des tunnels sont indispensables pour sécuriser durablement le territoire. Plus elle tarde, plus elle permettra à certains groupes de prospérer.
Il faut rapidement éviter la « chaosition » de la bande et les règlements de comptes comme celui survenu dernièrement entre le Hamas et un clan familial.
 
Atlantico : L’Égypte, à travers son rôle de médiateur et ses initiatives diplomatiques, peut-elle devenir un relais crédible pour une reconstruction post-conflit à Gaza, qui allie aide immédiate et vision de long terme ?
 
DZ : Oui, et cela constitue une grande avancée pour « le jour d’après » à Gaza.
Rappelons-nous qu’après la guerre d’indépendance de 1948-49, l’Égypte avait annexé la bande de Gaza. Alors que la résolution n° 181 des Nations Unies avait prévu la création d’un État palestinien, les Égyptiens ne l’ont pas traduite dans les faits durant les 18 ans d’occupation.
L’Égypte ne peut pas se désintéresser de Gaza.
La sécurisation du Sinaï passe par le contrôle sécuritaire de Gaza.
Durant les deux dernières années, elle a tout fait pour empêcher les Gazaouis de pénétrer dans le Sinaï de peur d’accueillir des terroristes qui déstabiliseraient un peu plus la péninsule. Ce n’était nullement un comportement humain, mais c’était compréhensible.
Aujourd’hui, l’Égypte doit s’impliquer pour éviter que Gaza ne devienne une zone de chaos aux prises avec des bandes rivales.
 
 
Dov ZERAH
DHAREZ

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