Israël–Égypte : de la coordination sécuritaire à la coopération stratégique
Ce soir, des experts egptiens sont entrés dans la bande de Gaza, pour retrouver les dernières dépouilles des otages assassinés par les terroristes du Hamas.
La rencontre discrète du 21 octobre 2025 entre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le chef du renseignement égyptien Hassan Rashad marque un tournant significatif dans les relations entre Israël et l’Égypte.
Après des mois de coordination tacite autour de la guerre de Gaza, ce dialogue s’oriente désormais vers une coopération stratégique structurée visant à définir « le jour d’après » : la reconstruction de Gaza, la démilitarisation du territoire, et la redéfinition des rapports de sécurité le long de la frontière commune.
L’Égypte, traditionnellement médiatrice entre Israël et les acteurs palestiniens, adopte une ligne de diplomatie pragmatique et discrète. Selon Samir Ragheb, directeur de la Arab Foundation for Development and Strategic Studies, cette approche illustre la capacité du Caire à équilibrer ses relations : préserver la paix avec Israël tout en ménageant une opinion publique souvent hostile, et maintenir sa stature de puissance régionale modératrice.
Ce retour à un dialogue stratégique intervient dans un contexte délicat : le sommet de Sharmel-Sheikh sur Gaza avait suscité des tensions diplomatiques, plusieurs dirigeants arabes refusant d’y participer en présence de Netanyahu. En renonçant officiellement pour cause de fête religieuse, le Premier ministre israélien a évité une confrontation frontale, laissant la voie libre à un canal bilatéral plus confidentiel mais plus productif.
De la coordination tactique à la vision stratégique, selon le chercheur israélien Ofir Winter (INSS – Institute for National Security Studies), Israël et l’Égypte ont maintenu tout au long du conflit une coordination sécuritaire continue, même en l’absence de contacts directs entre le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi et Netanyahu. Cette coopération, menée essentiellement par les services de renseignement, a permis d’éviter des malentendus et des incidents le long de la frontière.
L’enjeu désormais est de passer d’une logique de gestion de crise à une planification politique et sécuritaire de long terme. Cette transformation suppose plusieurs étapes La reconstruction de Gaza, sous supervision internationale.
La réouverture du passage de Rafah, essentiel pour le commerce et l’aide humanitaire. La démilitarisation progressive du Hamas et la création d’une force palestinienne alternative. La redéfinition du rôle de Tsahal dans le territoire et la formation d’un gouvernement palestinien réformé, excluant le Hamas.
Ces propositions s’inscrivent dans la continuité du plan Trump et des discussions récentes à Washington sur une stabilisation internationale combinant présence palestinienne et supervision étrangère.$
La sécurité frontalière : enjeu majeur du redéploiement : Au centre du débat figure la sécurisation du corridor de Philadelphie et du passage de Rafah. Israël soupçonne que l’arsenal militaire du Hamas avant l’attaque du 7 octobre provenait en partie de trafics via l’Égypte. Pour éviter une répétition, Winter suggère d’actualiser les annexes militaires des accords de Camp David (1979), afin de permettre une présence accrue des armées égyptienne et israélienne des deux côtés de la frontière.
Cette proposition, bien que sensible, témoigne d’une volonté de reconstruire la confiance bilatérale, érodée par les soupçons mutuels. Des technologies de surveillance avancée, des inspections conjointes et un contrôle numérique des flux pourraient être instaurés, tout en respectant le cadre du traité de paix.
Le rôle central du Caire : médiateur et gardien de la stabilité régionale :Pour l’Égypte, cette coopération n’est pas un simple calcul stratégique mais une nécessité diplomatique. Le pays entend conserver sa position de médiateur privilégié entre Israël, les factions palestiniennes et les puissances internationales. Comme le souligne Ragheb, le Caire pratique une diplomatie de l’équilibre : dialoguer avec tous, éviter les provocations publiques, mais maintenir une réelle influence dans les coulisses.
Cette influence se manifeste particulièrement à travers le contrôle du passage de Rafah, levier crucial sur le Hamas. Contrairement au Qatar ou à la Turquie, qui soutiennent le maintien du mouvement islamiste dans le jeu politique palestinien, l’Égypte partage avec Israël la conviction que le Hamas constitue un facteur d’instabilité régional. Néanmoins, un désaccord subsiste sur la réintégration de l’Autorité palestinienne (AP) à Gaza : Israël souhaite un retour encadré d’une AP réformée, tandis que l’Égypte redoute que cela fragilise son rôle de pivot diplomatique.
Conditions d’un partenariat durable
Pour Israël, la priorité reste la démilitarisation de Gaza et la neutralisation du Hamas. Mais pour obtenir la pleine coopération égyptienne, Netanyahu devra offrir en échange une « perspective politique crédible » : relancer un processus vers une solution à deux États, même de façon progressive. C’est le prix pour maintenir l’adhésion du Caire et rassurer les alliés occidentaux, notamment Washington.
Du côté égyptien, ce partenariat reste politiquement risqué. La coopération ouverte avec Israël demeure impopulaire auprès de la population et de nombreux médias arabes. C’est pourquoi le Caire privilégie la diplomatie discrète, en dehors des forums publics, pour préserver son influence sans s’exposer à des critiques internes.
Analyse : un tournant stratégique mais fragile
Cette rencontre marque une évolution qualitative des relations israélo-égyptiennes : du simple maintien de la paix à une coopération stratégique active. Elle révèle aussi une convergence d’intérêts autour de la sécurité et de la stabilité régionale.
Mais ce rapprochement reste fragile. Plusieurs scénarios d’escalade demeurent possibles : une reprise des combats à Gaza, un projet israélien perçu comme hostile par l’Égypte (comme l’émigration forcée de Gazaouis vers le Sinaï), ou encore une tentative d’annexion territoriale. Ces initiatives constitueraient, selon Winter, de véritables « lignes rouges » pour Le Caire.
Mais Israël et l'Egypte viennent de signer un contrat énorme : Israël va fournir dès le mois de Janvier 2026 pour plus de 36 milliards de US $ de gaz à l'Egypte . C'est signé !
Ainsi, cette diplomatie silencieuse illustre une nouvelle géopolitique du réalisme au Proche-Orient : un Israël plus conscient de ses dépendances régionales, et une Égypte cherchant à convertir sa position frontalière en influence politique.
Si les deux pays parviennent à transformer leur coordination sécuritaire en un cadre institutionnel durable, ils pourraient poser les bases d’un modèle de coopération pragmatique pour l’après-guerre — un modèle où la stabilité de Gaza deviendrait le point d’équilibre d’un Moyen-Orient en recomposition.
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