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jeudi 23 octobre 2025

L'Algérie efface son passé... et plonge dans l'abime ! JBCH N° 544


L’Algérie efface 2800 ans de présence juive : 
La destruction, en 2025, d’un des derniers symboles de la présen
ce juive à Alger n’est pas un simple acte d’urbanisme ou de reconversion religieuse. 


C’est une amputation volontaire de la mémoire. En rasant ou transformant ce qui restait des synagogues, en effaçant toute trace visible du judaïsme nord-africain, l’Algérie ne détruit pas seulement des pierres : elle efface une partie constitutive de son identité, une part essentielle de son âme.





Depuis près de 2800 ans, les Juifs ont participé à la naissance, à la croissance et à la culture du Maghreb. Bien avant même l’arrivée de l’islam, ils vivaient sur cette terre, aux côtés des Berbères et des Phéniciens, y apportant leur foi, leur langue et leurs traditions. 


Les communautés juives de Tlemcen, Constantine, Oran ou Alger furent, pendant des siècles, des foyers de spiritualité et de savoir. De ces cités sont sortis des poètes, des rabbins, des philosophes et des commerçants qui ont contribué à la prospérité et à la richesse culturelle du pays.



La synagogue avant sa destruction


Mais l’Algérie actuelle, sous le régime du président Abdelmadjid Tebboune, semble vouloir rompre définitivement avec cette histoire plurielle. La récente décision de détruire à Alger une ancienne synagogue, l’une des dernières traces de la présence juive dans la capitale, marque une étape supplémentaire dans un processus d’effacement méthodique. 


Abdelmadjid Tebboune

Déjà, dans plusieurs villes, des synagogues avaient été transformées en mosquées ou en bâtiments administratifs, sans aucune plaque, sans mémoire, sans respect pour ce qu’elles représentaient. Ces lieux de prière, autrefois vivants de chants hébraïques et de ferveur, deviennent des symboles inversés, des coquilles vides maquillées sous le vernis d’une unité nationale artificielle.


Grande synagogue d Oran transformée en mosquée

L’histoire du judaïsme algérien n’est pas celle d’un corps étranger imposé de l’extérieur, mais celle d’une symbiose ancienne entre Juifs et Berbères, entre hébreu et arabe, entre Jérusalem et le Maghreb. Cette histoire fut bouleversée par la colonisation, puis par l’indépendance, lorsque la guerre et les tensions politiques ont conduit la totalité des 190 000 Juifs d’Algérie à partir entre 1961 et 1963. Mais leur départ ne devait pas signifier leur effacement.


Or, depuis des décennies, le discours officiel algérien confond mémoire juive et sionisme politique. Sous couvert d’« antisionisme », il légitime une forme d’antisémitisme d’État. 


Les manuels scolaires ne mentionnent presque plus la contribution des Juifs à la culture algérienne; les médias officiels présentent souvent Israël comme un ennemi absolu, et cette hostilité se répercute sur la perception du judaïsme lui-même. La distinction entre la foi d’un peuple et la politique d’un État étranger est délibérément brouillée.



Le résultat, c’est une amnésie organisée. Les jeunes Algériens ignorent que des rabbins comme Simon ben Tsémaḥ Duran (Rashbatz) à Alger au XVe siècle ou des familles comme les Bensoussan, Zerbib, Cohen ou Stora ont marqué la vie intellectuelle, commerciale et spirituelle du pays. L’effacement matériel des synagogues n’est que la conséquence visible de cette réécriture silencieuse de l’histoire.


Transformer une synagogue en mosquée n’est pas, en soi, un geste de foi. C’est une manière de réécrire le passé au profit d’un présent idéologique. Si ces édifices avaient été préservés comme musées, comme lieux de mémoire, comme ponts entre les communautés, l’Algérie aurait pu donner un exemple de maturité historique et de tolérance. Mais en choisissant la conversion religieuse ou la démolition, elle choisit l’oubli, voire la négation.



Cette politique s’inscrit dans une logique plus large : celle d’un régime qui, pour se légitimer, doit fabriquer une identité nationale uniforme, homogène, exclusivement musulmane et arabo-centrée. 


Drapeau de la Kabylie

Or, l’Algérie historique n’était ni homogène, ni unique dans sa foi. Elle fut carrefour : berbère, romaine, juive, chrétienne, musulmane, andalouse, française. La réduire à une seule facette, c’est trahir son essence même.



Le judaïsme algérien n’était pas un vestige colonial, comme certains le prétendent. Il est bien antérieur à la France, à l’Empire ottoman, et même à l’islam. C’est pourquoi l’effacement actuel ne relève pas seulement d’un oubli, mais d’un refus de soi.


Le discours du gouvernement Tebboune, tout en se revendiquant « antisioniste », se double d’une rhétorique dangereuse. En assimilant les Juifs d’hier à l’État d’Israël d’aujourd’hui, il rend légitime la haine, et transforme un débat politique en rejet identitaire. 


L’antisionisme, dans ce contexte, n’est plus une opinion, mais un instrument de pouvoir : un moyen de détourner la colère du peuple vers un ennemi abstrait, de détourner les critiques internes vers l’extérieur.



Ce procédé rappelle celui d’autres régimes autoritaires du monde arabe, qui ont souvent utilisé la question palestinienne pour étouffer leurs propres failles démocratiques. En refusant toute normalisation avec Israël, en criminalisant même les contacts culturels avec le peuple juif, le pouvoir algérien s’enferme dans une logique de pureté idéologique incompatible avec l’ouverture et le progrès.



Pourtant, dans le monde moderne, la mémoire n’est plus un territoire national : elle appartient à l’humanité. Détruire une synagogue à Alger, c’est détruire un morceau du patrimoine mondial, tout comme effacer les traces d’un temple à Jérusalem ou d’une église à Antioche. C’est nier la pluralité des civilisations qui ont façonné la Méditerranée. On se demande : Que fait l'UNESCO ? 


Pour beaucoup de familles issues du judaïsme algérien , celles qui vivent aujourd’hui en France, en Israël, au Canada ou ailleurs, ces destructions sont plus qu’une tragédie symbolique : elles sont une blessure intime. Elles touchent à la racine de l’appartenance, à la terre des ancêtres, à la langue, aux souvenirs d’enfance. Elles signifient : « vous n’avez jamais existé ».



Or, cette histoire existe. Elle respire encore dans les chansons judéo-arabes, dans les recettes transmises, dans les prières de Constantine, dans les mots hébreux mêlés à l’arabe des grands-parents. Effacer les synagogues, c’est tenter de faire disparaître cette continuité vivante.



L’Algérie aurait pu faire de ces lieux un symbole de réconciliation. Elle aurait pu dire : « Oui, nos frères juifs ont vécu ici. Oui, ils font partie de nous. » Elle aurait pu restaurer ces édifices comme témoins d’un passé partagé. Elle a choisi le contraire : l’oubli, la fermeture et le silence.


Il faut ajouter que les 37 cimetières juifs encore existants, pourtant respectés , commencent à disparaitre et c'est l'Association Morial qui gère ce problème et nous informe. 


Il y a 2 ans, l'association Morial a rejoint l'Assemblée Générale du Crif, devenant ainsi la 73ème association membre du Crif. 



Morial a été créée en 1995 pour la sauvegarde et la transmission de l'histoire et de la mémoire des juifs d'Algérie. Serge Dahan, Président de l’association, fait le point sur les différentes missions et les principales activités de Morial.

L’Algérie de Tebboune croit se purifier en effaçant ses Juifs. En réalité, elle se mutile. Car un pays sans mémoire n’a pas d’avenir. L’effacement des synagogues, la falsification du passé.


L’antisionisme dévoyé en antisémitisme d’État sont les symptômes d’une même maladie : la peur de la vérité historique.


L’histoire juive d’Algérie n’est pas une tache à dissimuler, mais une lumière à redécouvrir. Tant que cette lumière sera éteinte par le dogme, l’Algérie restera incomplète, amputée d’une part d’elle-même — de cette part qui, depuis 2800 ans, liait la Méditerranée à Jérusalem, la foi à la culture, et l’âme humaine à la mémoire.




NB : ...j’adhère. Le cimetière de St Eugène est le plus grand cimetiere d’Algérie et l’ACSE mène depuis de nombreuses années un travail discret et difficile pour essayer d’entretenir les tombes et plusieurs monuments de rabbanim .Le Consistoire Central ,comme l’atteste Élie Korsia dans son interview a RadioJ ,que tu as reproduite (mais qui date d’il y a 2 ou 3 ans au moins ,a un moment où les relations avec l’Algérie n’étaient pas aussi dégradées qu’elles le sont aujourd’hui)est aussi en relation avec les ministères français concernes ,pour essayer de préserver ce qui peut l’etre des cimetières français dans toute l’Algérie. Mais la tâche est difficile, car l’entretien exige aussi des financements importants qu’il est difficile de reunir .A cet égard si certains juifs d’Algérie lisent ces lignes ,qu’ils sachent  que leur soutien a l’ ACSE (qui a un site sur internet)sous toutes ses formes, adhésion ou donation ,seront les bienvenus .Si nécessaire je peux te procurer tout complément que tu souhaiterais .Amities Guy

1 commentaire:

  1. Une vraie tragédie ; menait par une personne nulle de son savoir sur l’histoire des temps , des peuples et leurs patrimoine. Un Grand dommage pour nous Juifs qui ne cessent de mentionner leurs Bible millénaire.

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