Berthe Weill, la pionnière effacée de la modernité, c'est en lisaant un article que j'ai voulu connaître cette femme juive au parcours exceptionnel.
Cette galiériste qui a connu les plus grands peintres est morte dans la misère en 1961. Le Musée de l'Orangerie lui consacre une exposition rare ... A ne pas rater !
Née à Paris en 1865 dans une famille juive modeste — un père chiffonnier, une mère au foyer —, Berthe Weill appartient à cette génération d’autodidactes visionnaires qui ont façonné l’histoire de l’art moderne sans jamais en recevoir la reconnaissance. À une époque où les femmes n’étaient ni artistes ni marchandes d’art reconnues, elle ouvre la voie, animée par une curiosité insatiable et une indépendance farouche.
Son parcours débute dès l’adolescence, lorsqu’elle est engagée vers 1880 comme apprentie chez son cousin Salvator Mayer, marchand d’estampes et de tableaux. Ce premier contact avec le commerce de l’art devient une véritable initiation : Berthe observe, apprend, négocie. À la mort de Mayer, en 1896, elle ose un geste audacieux — s’installer à son compte, rue Victor-Massé, à Montmartre, cœur battant de la bohème parisienne.
En 1901, avec le soutien financier d’un industriel catalan, Père Mañach, elle fonde la Galerie B. Weill. C’est une révolution discrète : dans sa vitrine, elle expose non pas des antiquités mais des tableaux contemporains, ceux de jeunes artistes inconnus et audacieux. Le 1er décembre, elle inaugure sa première exposition avec Paco Durrio et Aristide Maillol. Très vite, elle s’intéresse à un jeune Espagnol de la Butte, voisin et ami de Mañach : Pablo Picasso. En 1900, elle achète et revend trois de ses œuvres. L’année suivante, elle expose Henri Matisse et Albert Marquet, vendant le tout premier Matisse de l’histoire du marché de l’art.
Ce flair, ce goût du risque, cette confiance dans l’œil et non dans le nom, feront de Berthe Weill une pionnière du fauvisme et du cubisme, bien avant les grandes galeries parisiennes qui s’enrichiront de ces mêmes artistes. Pourtant, contrairement à ses confrères — Vollard, Kahnweiler ou Durand-Ruel —, elle ne bâtit jamais de fortune. Ses artistes la quittent souvent dès qu’ils peuvent vendre plus cher ailleurs.
Une femme libre dans un monde d’hommes. Être galeriste au tournant du siècle, c’était déjà une gageure. Être femme et juive, c’était une double marginalité. Berthe Weill subit la misogynie des milieux artistiques et l’antisémitisme ambiant. Elle raconte que Degas, pourtant grand maître de son temps, changeait de trottoir pour ne pas la croiser — tout en reconnaissant son talent. Ce mépris n’altère pas sa passion. Elle continue à exposer, inlassablement, d’abord à Montmartre, puis rue Taitbout, rue Laffitte, et enfin rue Saint-Dominique.
Entre 1901 et 1939, elle organise près de 300 expositions : elle révèle Matisse, Picasso, Derain, Modigliani, Dufy, Van Dongen, Chagall, Pascin, Zadkine, et soutient de nombreuses femmes artistes, notamment Suzanne Valadon et Émilie Charmy, ses grandes amies.
Berthe Weill ne suit aucune école : elle est éclectique, intuitive, et passionnée par la nouveauté. Là où Kahnweiler défend le cubisme et Loeb le surréalisme, elle expose tout ce qui la touche — du nu réaliste aux abstractions les plus audacieuses. Ce désordre apparent n’est pas une faiblesse, mais la marque d’une curiosité sans frontières.
L’ombre et la survie . Durant l’Occupation, Berthe Weill, parce qu’elle est juive, doit confier sa galerie à une amie « aryenne » pour éviter la confiscation. En 1942, elle se cache probablement dans l’atelier d’Émilie Charmy.
Le Cahier jaune, journal collaborationniste financé par l’ambassade d’Allemagne, la dénonce violemment. Elle échappe à la déportation mais perd tout. À la Libération, elle vit dans une misère extrême. En 1946, un groupe d’amateurs organise une vente aux enchères pour lui venir en aide — ironie du sort pour celle qui avait donné à tant d’artistes la chance de vivre de leur art.
Une mémoire redécouverte. Berthe Weill meurt en 1951, oubliée, sans fortune, mais avec une œuvre essentielle derrière elle : avoir cru aux artistes avant tout le monde. En 1933 déjà, elle avait tenté de transmettre son expérience dans ses mémoires, Pan !… dans l’œil… Ou trente ans dans les coulisses de la peinture contemporaine, pleins d’anecdotes, de colère et de lucidité.
Aujourd’hui, grâce au travail de l’historienne Marianne Le Morvan, fondatrice des archives Berthe-Weill, et à l’exposition du Musée de l’Orangerie (2025-2026), son nom retrouve enfin la place qu’il mérite.
Une pionnière, une survivante, une passeuse. Berthe Weill n’était pas une théoricienne ni une spéculatrice. Elle était une passeuse, une femme de regard et de courage, qui ouvrit la porte aux génies du XXᵉ siècle. Son style ?
Un mélange de liberté, d’instinct et de refus des dogmes. Son public est don celui des curieux, des avant-gardes, des artistes eux-mêmes.
Son héritage ? Avoir prouvé qu’une femme, même pauvre, juive et isolée, pouvait changer à jamais le visage de l’art moderne.
Cet article est personnel, je ne prétends pas être ni un scientifique, ni un historien, ni un professionnel du journalisme...
C'est délicat de témoigner quand on est un profane, mais dans ce blog j'exprime en général un coup de coeur
d'après l'actualité , et le lecture de ma revue de presse internationale quotidienne
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