J’avais 18 ans quand mon ami Michel Coulaty, originaire de Saint Gaudens, entreprit de m’initier à la culture musicale. Après m'avoir conduit au Palais des Sports de Paris pour assister au concert et savourer la "Symphonie funèbre et triomphale" de Berlioz, avec plus de 1 000 Choristes ...
Il me fit découvrir l’harmonie et la symphonie : l’une avec des percussions et des instruments à vent, l’autre avec des cordes … Michel nous a quitté trop tôt il y a 15 ans.
Sa présence, sa gentillesse reste ancrée en moi, Michel avait accompli son service militaire à Toulouse, et avait opté pour la fanfare : on lui affecta la charge de souffler, de porter le Hélicon (40 Kg) ... et de sauter avec en parachute !!
Michel avait créé la Meulanaise la fanfare de la ville de Meulan en Yvelinnes.
Mon initiation à la musique coïncidait avec une époque où les harmonies et les fanfares semblaient appartenir au passé. Michel Coulaty, passionné et patient, me fit comprendre que la musique n’était pas seulement une discipline savante ou un divertissement, mais une véritable force de lien social et d’expression collective.
Il n'aimait pas les cordes donc les symphonie, c'est pourquoi, Il m’emmenait écouter des harmonies et des fanfares, et me montrait la différence entre ces formations : les harmonies mêlant cuivres et bois, les fanfares traditionnelles centrées sur les cuivres, et les batteries-fanfares issues de traditions militaires. Ces expériences ont marqué le début de mon engagement avec la musique vivante et populaire.
La meulanaise a changé de nom ... c'est devenu l’Orchestre de Variétés de Meulan-en-Yvelines, un écho de cette passion se retrouve dans le dynamisme récent des fanfares françaises. Comme le souligne Mathias Val, tromboniste de 57 ans, il existe désormais un répertoire plus moderne, allant de la pop à l’électro en passant par la techno.
Des groupes tels que Too Many Zooz, à New York, ou Meute, à Hambourg, ont réussi à faire bouger les lignes, insufflant un souffle nouveau à des formations longtemps cantonnées aux airs militaires ou désuets. À Nantes, par exemple, l’offre en fanfares a explosé, plaçant la ville en deuxième position nationale après Paris en termes de nombre de groupes.
Cette vitalité se retrouve aussi dans les petites communes et les formations rurales. En 1998, alors que le rap français triomphait et que la France célébrait la Coupe du monde au son de Gloria Gaynor, Pierre Leblanc, 10 ans, rejoignait l’harmonie de Faye-d’Anjou. Son chef d’orchestre voulait intéresser les jeunes et diversifier le répertoire.
Aujourd’hui, la fanfare de l’Aubance poursuit le même objectif : proposer un répertoire actuel, allant de Clara Luciani à Charles Aznavour, pour maintenir l’intérêt des musiciens et du public. Une démarche qui séduit particulièrement les jeunes générations : à La Fosse-de-Tigné, une dizaine de musiciens de moins de 18 ans composent l’effectif de l’harmonie locale.
Cette évolution n’est pas seulement esthétique, elle est également sociale et culturelle. Manuel Guémas, 29 ans, raconte qu’il a longtemps été le plus jeune de la fanfare de l’Aubance, mais que ses obligations professionnelles et familiales l’ont éloigné de la scène. Son père se souvient de la période entre 1970 et 1990, quand l’orchestre jouait chaque week-end de mai à juillet. À son apogée, la fanfare comptait 45 musiciens, aujourd’hui réduits à 21. Après un passage à vide jusqu’en 2010, la création d’un site web et d’un compte Instagram a permis de relancer l’activité et de trouver une vingtaine de dates, même si la troupe ne peut pas toutes les honorer.
L’intérêt pour les fanfares connaît également un écho grâce aux médias. Le film En fanfare d’Emmanuel Courcol, sorti en novembre 2024, a mis en lumière la musique amateur en harmonie, en racontant l’histoire d’un chef d’orchestre confronté à une greffe de moelle osseuse et découvrant un frère tromboniste amateur. Ce succès critique et populaire a permis à 12 groupes de Maine-et-Loire d’animer 250 séances, transformant des cinémas sérieux en lieux de danse et de fête.
Pourtant, malgré ces succès, la pratique des fanfares reste fragile. Comme le rappelle le musicologue Philippe Gumplowicz dans Les Travaux d’Orphée (1987), les fanfares ont longtemps souffert d’un répertoire inadapté et d’un manque de reconnaissance des écoles de musique. Aujourd’hui, le ministère de la culture estime à 4 000 le nombre de fanfares en France, soit environ 120 000 musiciens amateurs. Depuis 2021, un plan Fanfare a soutenu 934 projets grâce à 1,5 million d’euros annuels, mais les démarches administratives lourdes favorisent surtout les grandes formations. Dans les Pays de la Loire, où le budget régional de la culture a chuté de 62 % fin 2024, ces aides sont vitales pour la survie des petites harmonies.
À travers ces transformations, la musique amateur montre sa capacité à s’adapter et à se renouveler. Elle mêle tradition et modernité, jeunes musiciens et anciens, popularité locale et visibilité nationale. Pour moi, tout a commencé avec Michel Coulaty et son engagement à transmettre une culture musicale vivante.
Aujourd’hui, les fanfares et harmonies, qu’elles soient militaires, rurales ou urbaines, continuent de souffler un vent de fête et de diversité sur le paysage musical français.
Leur avenir repose sur ce mélange subtil de respect des traditions et d’ouverture aux styles contemporains, garantissant que la musique continue de rassembler, d’émouvoir et de faire danser.
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