L’Espagne et le retour du mal ancien : du soupçon sur Isak Andic à l’antisémitisme d’État latent : Voila la mort d’un symbole séfarade
Isak Andic, fondateur de Mango, incarnation de la réussite juive séfarade en Espagne, meurt officiellement dans un « accident de montagne » en décembre 2024.
Quelques mois plus tard, la police catalane requalifie l’affaire en homicide possible et met en cause son propre fils, Jonathan Andic.
Au-delà du drame familial, la disparition d’un homme qui représentait à la fois la modernité économique espagnole et la mémoire vivante du judaïsme ibérique interroge : pourquoi une telle discrétion médiatique ? pourquoi si peu d’hommages officiels ?
Dans un pays où l’expulsion des Juifs en 1492 reste encore un tabou mal digéré, cette mort réveille des fantômes collectifs : celui d’une Espagne qui célèbre la tolérance mais qui peine à assumer sa part d’histoire.
L’Espagne et la résurgence d’un antisémitisme masqué Depuis plusieurs années, des signaux inquiétants s’accumulent. Le boycott implicite de l’équipe israélienne de la Vuelta, toléré par les organisateurs, marque un précédent : l’exclusion d’athlètes en raison de leur nationalité juive ou israélienne.
L’affaire Vueling, où des adolescents français ont été empêchés d’embarquer pour Paris, alimente un sentiment d’arbitraire discriminatoire, parfois dirigé contre des voyageurs perçus comme liés à Israël ou au judaïsme. Les déclarations du Premier ministre Pedro Sánchez, saluant les manifestants propalestiniens ayant perturbé la Vuelta, ajoutent une dimension politique : quand un chef de gouvernement valide de facto des actions hostiles à Israël, il confère une légitimité morale à l’antisionisme militant, souvent indiscernable de l’antisémitisme.
Ces faits, pris isolément, ne prouvent pas une politique antisémite explicite. Mais mis bout à bout, ils dessinent un climat de tolérance implicite envers la haine d’Israël et des Juifs.
De 1492 à 2025 : la mémoire longue d’une exclusion L’antisémitisme espagnol ne date pas d’hier. En 1492, l’édit de l’Alhambra expulsa des centaines de milliers de Juifs séfarades, brisant une coexistence millénaire. Beaucoup se réfugièrent dans l’Empire ottoman, en Afrique du Nord ou aux Pays-Bas — dont la famille Andic, revenue cinq siècles plus tard à Barcelone, est une descendante directe.
Ce retour symbolique d’une famille séfarade, qui bâtit un empire textile mondial, aurait pu incarner la réconciliation historique entre l’Espagne et ses enfants exilés. Mais les tensions actuelles montrent qu’un refoulé historique persiste : les Juifs d’Espagne restent souvent perçus comme des étrangers de l’intérieur, surtout lorsque l’actualité israélienne ravive les passions politiques.
Un antisémitisme social plus que religieux. L’Espagne moderne ne professe plus de haine théologique du judaïsme, mais un antisémitisme social et politique, souvent dissimulé sous les discours « anti-colonialistes » ou « pro-palestiniens ».
Dans les médias, le mot « sioniste » est devenu une insulte, tandis que les actes antijuifs augmentent. Dans les stades, sur les réseaux sociaux, et même au sein de certaines universités, Israël est présenté comme le mal absolu.
L’assassinat éventuel d’Isak Andic, s’il était confirmé, pourrait ainsi être le révélateur d’une société où la haine du Juif n’est plus individuelle, mais culturelle, acceptée par omission.
Vers une prise de conscience européenne ? Ce climat espagnol ne peut être isolé du contexte européen : montée des extrêmes, banalisation de la désinformation, complaisance vis-à-vis du terrorisme islamiste.
Pourtant, l’Espagne a aussi les moyens de rompre ce cercle : par l’éducation, la mémoire et la reconnaissance du judaïsme séfarade comme part intégrante de son identité nationale.
À l’heure où la police cherche à comprendre la mort d’Isak Andic, l’Espagne, elle, devrait regarder plus loin : vers les zones d’ombre de sa conscience collective, où l’antisémitisme continue de se déguiser en engagement politique.
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