Chaïm Soutine (1893–1943) est un peintre juif d’origine lituanienne, né à Smilovitchi, un petit shtetl près de Minsk, alors dans l’Empire russe. Issu d’une famille très pauvre et pieuse, il grandit dans un environnement marqué par le judaïsme traditionnel.
Très jeune, il manifeste un goût pour le dessin, mais cette passion est jugée sacrilège par sa communauté, car peindre des visages est considéré comme une transgression religieuse. Battu pour avoir dessiné un rabbin, il quitte son village à 17 ans pour étudier l’art à Minsk puis à Vilnius, avant d’émigrer à Paris en 1913, où il s’installe à la cité des artistes de la Ruche.
À Paris, il fréquente Modigliani, Utrillo et Kisling, mais reste farouchement solitaire. La Première Guerre mondiale, la pauvreté et l’exil nourrissent en lui une tension intérieure qu’il transpose sur la toile.
Soutine appartient au mouvement dit de l’École de Paris, mais son style est unique : expressionniste, tourmenté, viscéral. Ses couleurs violentes rouges sang, bleus acides, ocres brûlés — et ses formes déformées traduisent l’émotion pure.
Il peint la chair, les paysages et les visages comme s’ils vibraient d’une vie intérieure douloureuse. Ses portraits de valets, de cuisiniers, de jeunes servantes ou ses célèbres bœufs écorchés rappellent les vanités bibliques et le sacrifice, thèmes où transparaît sa sensibilité juive sans symbolisme explicite
Soutine n’a jamais peint de sujets religieux au sens strict, mais son œuvre est traversée d’une spiritualité du corps souffrant, héritée de son judaïsme et de sa vision du monde. Le rouge de la chair, le tremblement des formes, la distorsion des visages expriment la fragilité de la condition humaine — comme une prière peinte, douloureuse et sincère.
Son succès arrive tardivement : dans les années 1920, le collectionneur américain Albert C. Barnes achète une soixantaine de ses toiles, révélant Soutine aux États-Unis. Après sa mort, son influence sur Francis Bacon, de Kooning, Dubuffet ou Pollock sera immense.
Aujourd’hui, ses œuvres atteignent des sommets sur le marché de l’art : en 2015, Le Bœuf écorché s’est vendu pour plus de 28 millions de dollars, et en 2021, un portrait de garçon a dépassé 30 millions de dollars chez Christie’s.
Mort en 1943 d’un ulcère mal soigné, caché en France occupée parce qu’il était juif, Soutine demeure le peintre du cri intérieur, de la chair et de l’âme.
Sa peinture ne parle pas de Dieu, mais elle crie l’humanité : un judaïsme sans mots, transfiguré par la couleur.
Cet article est personnel, je ne prétends pas être ni un scientifique, ni un historien, ni un professionnel du journalisme...
C'est délicat de témoigner quand on est un profane, mais dans ce blog j'exprime en général un coup de coeur
d'après l'actualité , et le lecture de ma revue de presse internationale quotidienne
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