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dimanche 19 octobre 2025

Avischaï Cohen, le Grand du Jazz. JBCH N° 534

Avishai Cohen, sa trajectoire artistique et sa place dans le monde du jazz contemporain  :  Depuis des années, je suis à la trace ce musicien d'exception, quel bonheur pour celui qui aime profondément la musique (sans la pratiquer !)  On retrouve chez Avishai Cohen l’âme juive du jazz contemporain


Né le 20 avril 1970 à Kabri, un petit kibboutz du nord d’Israël, Avishai Cohen grandit dans une famille de musiciens au sein d’une culture profondément marquée par les sonorités séfarades et orientales. Enfant curieux et sensible, il commence le piano à neuf ans avant de tomber, à l’adolescence, sous le charme de Jaco Pastorius, légendaire bassiste américain. Ce choc musical oriente définitivement sa vocation : Cohen délaisse le piano pour la contrebasse, qu’il étudie avec Michael Klinghoffer, avant de s’envoler, en 1992, pour New York, capitale du jazz mondial.



C’est là, dans les clubs obscurs de Manhattan, qu’il forge sa personnalité musicale. Jouant d’abord dans des formations anonymes, il est remarqué par le pianiste Danilo Pérez, puis par Chick Corea, maître du jazz fusion, qui le propulse sur la scène internationale. En 1996, Corea l’intègre à son sextet Origin et lui offre un contrat d’enregistrement sur le label Stretch Records. Cette collaboration de sept ans révèle au monde un contrebassiste d’une virtuosité exceptionnelle, doté d’un sens rare de la mélodie et du rythme.


En 1998, Avishai Cohen signe Adama, son premier album en leader, coproduit par Chick Corea. Déjà, on y perçoit ce mélange singulier de jazz contemporain, de musique méditerranéenne, de rythmes africains et de nostalgie séfarade. Sa musique respire la terre d’Israël, les souvenirs de l’enfance, mais aussi la quête universelle d’harmonie et de liberté. Cette fusion identitaire deviendra sa marque de fabrique.


Au début des années 2000, Cohen fonde son propre label, Razdaz Records, pour produire ses albums et ceux de ses musiciens. Il forme le Avishai Cohen Trio, formation en constante évolution, qui devient son laboratoire d’expérimentations. Avec Sam Barsh au piano et Mark Guiliana à la batterie, puis avec Shai Maestro et Itamar Douari, il élabore un son d’une richesse inédite : une contrebasse chantante, une batterie polyrythmique, un piano lumineux.


Dans At Home et Continuo, il explore les frontières entre jazz, folklore hébraïque, rythmes andalous et musiques balkaniques. Ce métissage culturel exprime une vision du monde profondément humaniste : celle d’un musicien juif israélien qui dialogue avec toutes les traditions sans jamais renier ses racines.


Durant la tournée Aurora, il mêle la voix de Keren Malka et l’oud d’Amos Hoffman, rappelant les échos du ladino, langue des Juifs expulsés d’Espagne en 1492. L’album Arvoles (2019) rend d’ailleurs hommage à cette mémoire séfarade : le mot signifie “arbres” en judéo-espagnol, symbole d’enracinement et de transmission.



Avishai Cohen devient, en 2009, directeur artistique du Red Sea Jazz Festival d’Eilat, consacrant ainsi son rôle d’ambassadeur du jazz israélien dans le monde. En 2010, il signe avec le prestigieux label Blue Note, avant de publier Seven Seas, Duende (2012, en duo avec Nitai Hershkovits), et From Darkness (2015). Sa musique devient de plus en plus introspective, spirituelle, traversée d’une lumière mélancolique — une joie grave propre aux grands artistes.


Aujourd’hui, Avishai Cohen est reconnu comme l’un des plus brillants contrebassistes et compositeurs de sa génération. Ses collaborations avec Bobby McFerrin, Herbie Hancock, Alicia Keys ou encore les orchestres philharmoniques de Londres et d’Israël témoignent de sa polyvalence et de sa reconnaissance internationale.


Mais au-delà de la virtuosité, ce qui frappe chez Cohen, c’est sa capacité à transmettre l’émotion. Ses compositions, d’une élégance rare, mêlent ferveur rythmique et lyrisme dépouillé. Il y a, dans ses improvisations, une écoute de l’autre, une attention à l’instant, une forme de méditation. Le critique musical Mathieu Perez résume bien cette alchimie en évoquant ses “mélodies envoûtantes, ses rythmes subtils, son lyrisme à fleur de peau”.


En 2024, il publie Brightlight, un album lumineux enregistré avec deux jeunes prodiges israéliens, Itay Simhovich (piano) et Eviatar Slivnik (batterie). Ensemble, ils forment un trio d’une cohésion rare, où la contrebasse mène la danse dans une communion quasi mystique.


Avishai Cohen incarne le renouveau du jazz spirituel, un jazz qui ne se limite pas à la technique mais qui cherche à réconcilier l’homme avec ses racines et le monde avec sa diversité. Héritier de la tradition juive, des mélodies orientales et du souffle américain, il est un pont vivant entre les cultures.


En lui, le jazz devient prière, mémoire, et espérance. Comme ses ancêtres séfarades dispersés après 1492, il transforme l’exil en création, la nostalgie en beauté, la douleur en rythme. 


Son œuvre, intime et universelle, demeure un chant d’amour adressé au monde — un chant né sur les rives de la Galilée, qui résonne aujourd’hui sur toutes les scènes de la planète. Bravo Avischaï ... tu nous raffraichis l'âme, on t'aime





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