Dette souveraine : Double déclassement des agences de notation et fragilité persistante de la France Une saison de résultats encourageante pour les entreprises françaises, au milieu d'un climat macroéconomique tendu
Pourtant, les premières publications trimestrielles du troisième trimestre 2025 ont surpris agréablement les marchés pour plusieurs fleurons du CAC 40, générant des rebonds spectaculaires malgré un contexte global marqué par l'incertitude politique et les tensions budgétaires en France.
Ce dynamisme sectoriel contraste avec la dégradation récente de la note souveraine du pays, soulignant une résilience microéconomique qui ne compense pas encore les faiblesses structurelles au niveau national
LVMH a enregistré une hausse organique de ses ventes de 1 % au troisième trimestre, après un recul au premier semestre, propulsant son titre à +12,2 %. Cette amélioration, généralisée hors Europe, reflète une reprise en Asie et aux États-Unis, où la demande de luxe reste robuste malgré les pressions inflationnistes.
EssilorLuxottica a quant à lui doublé sa croissance organique, dopée par le succès des lunettes connectées et une dynamique américaine forte, atteignant un plus-haut historique. Publicis a surpassé les attentes avec une croissance organique solide, bien que les marchés aient initialement sanctionné le titre, sceptiques quant à l'impact tangible de l'intelligence artificielle sur ses marges. Pernod Ricard, en revanche, continue de pâtir de la faiblesse aux États-Unis (surstockage) et en Chine (prudence des consommateurs), limitant ses gains malgré des efforts d'optimisation.
Michelin, pour sa part, a révisé à la baisse ses prévisions annuelles en raison des coûts liés aux changes et aux droits de douane, même avec une production localisée aux États-Unis. Ces performances illustrent la capacité d'adaptation des entreprises françaises à un environnement mondial complexe, portée par l'innovation et l'efficacité opérationnelle. Cependant, elles masquent une sensibilité accrue aux chocs exogènes, comme les fluctuations monétaires et les barrières commerciales, qui amputent mécaniquement les résultats.
Une récurrence domine ces rapports trimestriels : l'impact négatif des variations de change et des droits de douane, qui pèsent sur la rentabilité et alimentent la volatilité des cours. Publicis a ainsi perdu 169 millions d'euros au troisième trimestre en raison de la vigueur de l'euro face au dollar, tandis que Pernod Ricard a vu ses bénéfices rognés de 143 millions, aggravés par le ralentissement chinois et les surstocks américains. Michelin souligne que, malgré une implantation locale, ces facteurs critiques persistent, forçant une vigilance accrue sur les chaînes d'approvisionnement.
Pour contrebalancer ces vents contraires, les groupes accélèrent leurs mesures d'efficacité : révision des supply chains, hausses sélectives de prix et coupes budgétaires ciblées. L'intégration de l'IA émerge comme un levier clé, avec Publicis et EssilorLuxottica citant des gains de productivité naissants, bien que leur traduction en bénéfices nets reste incertaine. Cette résilience opérationnelle permet aux entreprises de générer de la valeur, mais elle ne saurait pallier indéfiniment les distorsions macroéconomiques. Dans ce contexte, la perception des investisseurs oscille entre optimisme sectoriel et prudence systémique, amplifiée par les signaux alarmants des finances publiques françaises.
Le ratio impôts/PIB français, déjà le plus élevé de l'UE à 45,6 %, limite les marges de manœuvre fiscales, rendant les hausses d'impôts (comme la "taxe Zucman" évoquée par les socialistes) peu attractives pour les agences. Cette fragmentation politique affaiblit non seulement la crédibilité souveraine, mais aussi la confiance des investisseurs dans la capacité du pays à amortir les chocs externes affectant ses champions exportateurs.
La France traverse une période critique avec deux déclassements majeurs de sa note souveraine en un mois, confirmant l'entrée du pays dans le "club des simples A" et accentuant les risques macroéconomiques. Le 13 septembre 2025, Fitch Ratings a abaissé la notation de AA- à A+ (perspective stable), motivé par l'incapacité des quatre gouvernements successifs à juguler un déficit public creusé à 5,8 % du PIB en 2024.
L'agence juge "inenvisageable" un plan de réduction ambitieux, prévoyant un déficit à -5,4 % en 2025 et un endettement à 121 % du PIB en 2027, sans horizon clair de stabilisation. Cette décision, alignée sur les marchés qui financent déjà la dette française à des taux supérieurs à ceux de l'Espagne ou de la Grèce (OAT 10 ans à 3,44 % contre 3,23 % pour Madrid), reflète une "incongruité" persistante : la France emprunte plus cher que des pairs mieux consolidés comme l'Italie (déficit réduit de 7,2 % à 3,4 %).
Moody's et S&P devaient initialement se prononcer en octobre et novembre, mais S&P a avancé son calendrier, dégradant la France le 17 octobre 2025 de AA- à A+ en urgence, invoquant une "incertitude persistante" sur les finances publiques et une consolidation budgétaire trop lente.
L'agence prévoit un déficit à 5,4 % en 2025 – objectif gouvernemental maintenu – mais doute d'un retour sous 3 % d'ici 2029, citant la suspension de la réforme des retraites et les motions de censure récentes contre Lecornu. Le ministre des Finances sortant Éric Lombard, puis son successeur Roland Lescure, ont minimisé l'impact immédiat, soulignant la "solidité" de l'économie réelle et l'engagement pour un budget 2026 à -4,7 % du PIB.
Pourtant, ces déclassements entraînent des conséquences tangibles : ventes forcées de dette par des fonds étrangers (54 % de la dette détenue par des non-résidents), hausse des taux d'intérêt et prime de risque accrue, potentiellement spill-over sur les prêts immobiliers et l'investissement privé.
Intégrant l'analyse de Boutin, ce double coup (Fitch puis S&P) n'est pas une surprise pour les marchés, qui digèrent depuis des mois la trajectoire budgétaire défaillante. Fitch refuse le "bénéfice du doute" à Lecornu, dont les négociations avec les partenaires sociaux et l'opposition risquent de diluer l'effort à 22 milliards d'euros au lieu des 44 promis.
La charge d'intérêts de la dette, passant de 58,8 milliards en 2024 à 107 milliards en 2029 selon la Cour des comptes, alourdit le fardeau, rendant improbable un reflux sans compromis politique fort. L'article met en lumière un risque systémique : l'envie de dissolution chez certains partis pourrait plomber la croissance (prévue à 0,8 % en 2025 par l'INSEE), creuser le déficit et accélérer l'endettement à 3 345 milliards d'euros.
En synthèse, la saison des résultats Q3 2025 met en lumière une vitalité entrepreneuriale remarquable : LVMH et EssilorLuxottica tirent le CAC 40 vers le haut grâce à l'innovation et à la diversification géographique, tandis que Publicis et Pernod Ricard naviguent entre opportunités (IA, premiumisation) et pièges (changes, tariffs). Ces succès, générant de la valeur dans un monde complexe, contrastent avec les facteurs exogènes persistants qui érodent les marges et la confiance.
La situation macroéconomique, exacerbée par les déclassements de Fitch et S&P, révèle un déséquilibre profond : une dette à 114 % du PIB, des déficits chroniques et une polarisation politique qui entrave la réforme. Comme l'analyse Boutin, cette "chute dans le club des simples A" n'est pas pyromane mais lucide, alignant la notation sur une réalité digérée par les marchés – des taux plus élevés que les pairs mieux gérés. Le gouvernement Lecornu-Lescure doit transformer ce signal en catalyseur : adopter un budget 2026 crédible avant fin 2025, mobiliser un consensus sur la fiscalité et les coupes, pour éviter que la fragilité souveraine n'étouffe la dynamique des entreprises.
Si les entreprises françaises brillent par leur agilité – comme en attestent les hausses post-résultats du CAC 40 –, le double déclassement souligne un paradoxe intenable : une économie solide aux bases fissurées.
L'article de Boutin, en détaillant la paralysie post-Bayrou et les limites fiscales, complète le tableau en avertissant d'un cercle vicieux : instabilité politique alimentant dette et taux, qui à leur tour freinent croissance et investissement. Pour 2026, la clé réside dans un compromis multipartite, évitant dissolution et relançant la consolidation.
Sans cela, les gains trimestriels risquent d'être effacés par une prime de risque croissante, rappelant que la souveraineté financière française dépend autant des conseils d'Élysée que des conseils d'administration du CAC 40.
À l'approche de 2027, ce "réveil" des agences pourrait forcer une refondation budgétaire, transformant la crise en opportunité de convergence eurozone.
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