C'est en faisant des promenades à pieds, au sud de Boulogne que je traverse le pont qui mène à Issy les Moulineaux ... au milieu du Pont une entrée un parc sur l'Ile Saint Germain, et cette statue monumentale et lagnifique de Dubuffet, c'est pour cette raison que j'ai voulu mieuxx connaître cet artiste, un Géant !
Jean Dubuffet, né au Havre en 1901 et mort à Paris en 1985, est l’un des artistes français les plus originaux du XXᵉ siècle. À la fois peintre, sculpteur, graveur et théoricien, il a bouleversé la conception traditionnelle de l’art en s’opposant à la culture académique, au “bon goût” et à l’élitisme esthétique.
Formé brièvement à l’École des Beaux-Arts, Dubuffet abandonne très vite la voie classique. Après une carrière dans le commerce du vin, il revient à la peinture à l’âge mûr, vers 1942, au cœur de la Seconde Guerre mondiale. Son regard sur la société moderne est empreint de révolte : il rejette les conventions et cherche un art libre, instinctif, brut.
C’est cette quête qui l’amène à inventer la notion d’Art Brut, terme qu’il forge en 1945. Pour Dubuffet, l’art véritable n’est pas celui des musées ni des écoles, mais celui des êtres simples, marginaux, malades mentaux, enfants ou autodidactes qui créent sans souci de plaire ni de vendre. Il admire leur sincérité, leur énergie, leur inventivité spontanée. Son ambition est de retrouver cette fraîcheur première, cet état sauvage de la création.
À partir de 1962, Jean Dubuffet ouvre un nouveau cycle intitulé L’Hourloupe, mot inventé, sonore et mystérieux, mêlant “hurler”, “hululer”, “loup”, “hourra”, et évoquant à la fois le délire, le rêve et le jeu. Ce terme, qu’il dit avoir surgi d’un gribouillage téléphonique, désigne peu à peu un univers visuel entier, que Dubuffet explorera pendant vingt ans, à travers la peinture, la sculpture, le théâtre et l’architecture.
L’univers de L’Hourloupe se caractérise par un vocabulaire graphique immédiatement reconnaissable : des réseaux de lignes noires épaisses délimitant des formes irrégulières remplies de rouge, de bleu et de blanc, souvent sur fond neutre. Ces formes s’entrelacent, se morcellent, se recomposent comme les fragments d’un puzzle vivant. Dubuffet y voit la traduction plastique du mouvement de la pensée : un monde où la réalité et l’imaginaire se mêlent, où les êtres, les objets et les paysages perdent leurs frontières.
Peu à peu, ce langage s’émancipe de la toile : Dubuffet le transpose dans des sculptures monumentales en polystyrène peint puis en résine, donnant naissance à un monde en trois dimensions, à la fois ludique et inquiétant. C’est ainsi qu’il conçoit des œuvres comme Le Jardin d’Hiver (1970, musée d’Art moderne de Paris), Le Salon d’Automne ou La Closerie Falbala (à Périgny-sur-Yerres), vaste environnement architectural où il installe son Cabinet logologique.
Dans ces réalisations, le spectateur est invité à entrer dans la peinture, à déambuler dans un espace imaginaire, vibrant de formes et de couleurs. L’art n’est plus seulement un objet à regarder : il devient un milieu total, une expérience sensorielle et mentale.
Jean Dubuffet se distingue profondément de ses contemporains. Là où Picasso, Matisse ou Giacometti cherchent une forme de beauté ou d’harmonie, Dubuffet revendique le désordre, le grotesque, la rugosité. Il refuse la distinction entre art savant et art populaire.
Il écrit :
“L’art ne vient pas coucher dans les lits qu’on a faits pour lui. Il se sauve aussitôt qu’on prononce son nom : il aime l’incognito.”
Son œuvre s’oppose aussi à l’abstraction pure des années 1950 et 1960 : Dubuffet n’abandonne jamais le réel, mais le déforme, le réinvente, le fait éclater pour révéler sa puissance poétique. Son trait rapide, nerveux, enfantin, affirme une liberté radicale qui influencera des générations d’artistes, notamment le mouvement Figuration libre des années 1980 (Combas, Di Rosa, Boisrond), mais aussi certains graffeurs et créateurs d’art urbain.
Au fond, Dubuffet n’a cessé de défendre une idée : l’art est un acte de vie, non un luxe culturel. Par L’Hourloupe, il tente de matérialiser le flux de la pensée, de rendre visible la multiplicité du monde intérieur.
Il écrit en 1967 :
“L’Hourloupe n’est pas un style, c’est un état d’esprit. C’est la vie dans ce qu’elle a de mouvant, de fluctuant, d’imprévisible.”
Ainsi, Dubuffet se différencie des autres artistes modernes non seulement par sa forme, mais par son éthique : il veut un art sans hiérarchie, sans prétention, un art de tous les jours, un art de tous les hommes.
Son œuvre témoigne d’une immense confiance dans la créativité universelle, cette force que chacun porte en soi avant que la culture ne la bride. De cette vision jaillit un univers singulier, drôle et profond, où l’on retrouve l’enfant, le rêveur, et le rebelle.
L’exposition Jean Dubuffet L’Hourloupe et son sillage (1962–1982) célèbre non seulement un moment clé de son œuvre, mais aussi l’une des plus audacieuses révolutions de l’art moderne : celle qui place la spontanéité, le chaos et la liberté au cœur de la création.
Jean Dubuffet fut tout à la fois peintre, sculpteur, architecte et poète de la matière — un artiste qui a voulu effacer les frontières entre le beau et le laid, le savant et le naïf, l’art et la vie.
Par son œuvre, il nous invite à voir le monde autrement : non comme un ordre figé, mais comme une prolifération joyeuse de formes, de couleurs et d’idées, un véritable “Hourloupe” de la réalité.
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