Rechercher dans ce blog

dimanche 17 août 2025

Dov Zerah : L'entourloupe d'Anchorage (FR) JBCH N° 245

 Dov Zerah : L'entourloupe d'Anchorage


Bonjour

J'ai beaucoup de respect pour Dov Zerah, qui a été l'ami de mon frère Michel, cet homme a un sens inné du jugement, de la chose politique, ses analyses me ravissent toujours. J'ai donc décidé, toujours à titre personnel, dans un domaine privé de publier son billet du 17 Août 2025,

Vous pouvez vous abonner directement auprès de Dov, Bonne lecture

Bonne lecture
Merci



 
Atlantico : Le sommet Trump-Poutine sur l’Ukraine n’a débouché sur aucune annonce concrète pour un plan de paix. Peut-on y voir une simple opération de communication, ou pose-t-il les bases d’un véritable processus de paix ?
 
Dov Zerah : Quel que soit l’avenir, ce sommet est un échec. Il n’a duré que 3h, soit 1h20 en tenant compte des délais d’interprétation, La réunion entre les délégations élargies et le diner n’ont pas eu lieu. Il n’y a pas eu de conférence de presse, probablement parce que Poutine ne voulait pas être confronté à des questions embarrassantes comme ce fût le cas sur le tarmac lorsqu’il a fait semblant de ne pas avoir entendu, mais aussi et surtout parce qu’ils ne pouvaient rien annoncer ! Chacun a fait sa déclaration dans un ordre non respectueux du protocole, Trump, en second quoique l’hôte du sommet, pendant 4 mn, Poutine prenant 8 mn.
 
Au-delà de ces éléments factuels, il suffisait de scruter le visage de Trump pour comprendre que l’échange a été rude et peu fructueux.
Enfin, malgré les déclarations d’estime et de respect, il est étonnant que Donald Trump n’ait pas accompagné Poutine au cimetière où sont enterrés des aviateurs soviétiques.
 
Vladimir Poutine « a roulé Donald Trump dans la farine ». Ce sommet a été une véritable entourloupe. Il n’y avait pas de doute entre Poutine et Trump sur les conditions d’une éventuelle paix. Même si certaines indiscrétions laissent entendre depuis 24h un possible marchandage territorial, les prétentions russes n’ont pas bougé : reconnaissance de l’annexion des territoires occupés dont la Crimée, démilitarisation de l’Ukraine, non adhésion à l’OTAN ni à l’Union européenne.
En évoquant la nécessité d'assurer la sécurité de l'Ukraine, Poutine a intrigué. Rappelons qu'en pénétrant en Ukraine, la Russie a violé le mémorendum de Budapestde 1994 qui dispose que l'intégrité territoriale de l'Ukraine était garantie en contrepartie du transfert à Moscou des ogives nucléaires hérités de l'Union soviétique. Poutine voudraitil revenir à cet accord et assurer lui-même la sécurité de son voisin?
 
Poutine ne fera la paix qu’à ses conditions. Il l’a rappelé à Anchorage en répétant son narratif, la nécessité de comprendre « les raisons profondes de ce conflit », ainsi que « les préoccupations légitimes de la Russie ». De son côté, Trump, quelque peu groggy, ne pouvait rien dire car il n’avait rien à dire.

Tapis rouge pour Poutine 

 
Atlantico : Comment est-on arrivé à un tel résultat ?
 
DZ : L’ambiguïté de ce rendez-vous est que Trump court tellement après le prix Nobel de la paix qu’il est prêt à accepter n’importe quoi. Vladimir Poutine ou des personnes de son entourage lui ont probablement fait miroiter la perspective d’un cessez-le-feu. Voulant engranger ce cessez-le-feu et profiter médiatiquement de cette avancée, Trump a organisé ce show hollywoodien. Mais jamais Poutine n’a envisagé un cessez-le-feu, tant qu’il n’a pas obtenu la reddition de l’Ukraine, et encore moins maintenant qu’il a réussi une percée sur le terrain.
 
Vladimir Poutine a manœuvré Trump de manière extraordinaire. Lorsque Trump a compris qu’il n’y aurait pas d’annonce de cessez-le-feu, que Poutine restait sur les mêmes fondamentaux, avec la même feuille de route, il n’a pas mis un terme immédiatement à la réunion car il ne pouvait pas reconnaître officiellement un tel fiasco.
 
Il y a donc eu une sorte de mascarade. Un habillage a été mis en place. Trump n’a pas voulu apparaître comme étant le perdant de ce sommet, même s’il avait la mine défaite, même s’il n’était pas expansif, même s’il a, comme d’habitude, fait des éloges à l’entourage de Poutine. Donald Trump a dû « avaler la couleuvre russe », alors même qu’il avait laissé entendre qu’il y avait « 25 % de chances que cela ne marche pas ».
 
Atlantico : Maintenant, que va-t-il faire ? Que va-t-il se passer ?
 
DZ : L’administration américaine va transmettre la feuille de route de Poutine à Zelenski et à l’OTAN. Les États-Unis vont mettre Kiev devant le choix cornélien d’accepter l’oukase du Tsar ou de continuer la guerre sans le soutien américain.
 
Il est vraisemblable que Poutine et Trump s’accorderont pour « faire porter le chapeau », la responsabilité de l’échec sur les Européens. Poutine l’a laissé entrevoir en déclarant espérer qu’il n’y aura pas de manœuvres d’Européens pour contrecarrer la mise en œuvre de son plan.
 
Le second rendez-vous de Zelenski dans le bureau ovale lundi prochain devrait être décisif. Ou il a face à lui un Donald Trump offensif, partant pour corriger la situation. Soit, il a un interlocuteur lui disant qu’il a tout fait mais qu’il ne peut obtenir plus, sauf à entrer dans un engrenage qu’il veut par-dessus tout éviter !
 
Est forte la probabilité du transfert de la responsabilité de l’échec de la paix et de la continuation de la guerre sur Volodymyr Zelenski et, par extension, sur les Européens. Dans ces conditions, les Américains pourraient dire à l’Europe et à l’Ukraine qu’il faudra dorénavant se débrouiller seuls. 
 
Donald Trump pourrait aller plus loin avec sa volonté de lever les sanctions contre la Russie et de développer le business. Cela entrainerait une distanciation totale avec les principaux pays de l’OTAN. Cette perspective est néanmoins conditionnée par l’attitude du Congrès.
 
Atlantico : Donald Trump semble vouloir incarner l’image d’un dirigeant faiseur de paix. Selon vous, le président américain agit-il par stratégie électorale ou par réelle volonté géopolitique ? Et cette posture est-elle crédible ?
 
DZ : Donald Trump est en quête du prix Nobel de la paix. Il n’a pas supporté que Barack Obama l’ait reçu, alors qu’il estime, à juste titre, qu’il n’y avait aucune raison de le lui attribuer. Lui, au contraire a permis la signatures des Accords d’Abraham, la paix entre le Congo et le Rwanda, le silence des armes entre l’Inde et le Pakistan, les retrouvailles entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan…. 
 
Atlantico : Les dirigeants européens affirment vouloir "maintenir la pression" sur la Russie. Face à une possible médiation directe entre Trump, Zelenski et Poutine, quel rôle peut encore jouer l’Union européenne ? Peut-elle encore peser ?
 
DZ : L’Union européenne n’est plus en capacité d’agir et de peser sur le dossier. La seule chose qu’elle pourrait faire serait de voter des crédits exceptionnels pour aider financièrement et militairement l’Ukraine. Tout le reste est inutile face à un Poutine fondé, inflexible, arc bouté sur la force.
 
Atlantico : Donald Trump souhaitait initialement obtenir un accord de paix plutôt qu’un cessez-le-feu. Quel pourrait être le prix à payer pour l’Ukraine dans ce type de négociations directes avec Moscou ?
 
Ce n’est pas une négociation mais bien une reddition de l’Ukraine qui est proposée. Donald Trump est arrivé au bout d’une démarche quelque peu « don Quichottesque ». Poutine ne cherche pas un compromis ; il veut la reddition de l’Ukraine.
 
Le sommet en Alaska était le symbole d’un jour sombre pour l’Ukraine, pour son indépendance, son intégrité. Anchorage était comme si Munich s’était déroulé sans la France !
 
Atlantico : Viktor Orban estime que "le monde est plus sûr qu’hier" après la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine. Partagez-vous cette vision optimiste, ou faut-il au contraire redouter un affaiblissement de la solidarité occidentale et de la protection américaine ?
 
Il est difficile d’avoir une telle vision optimiste. Le sommet a clairement marqué un affaiblissement de la solidarité occidentale. Cela symbolise même une forme de schisme.
 
Poutine n’a rien lâché hier. Absolument rien. Trump n’a même pas été obtenu un cessez-le-feu qui aurait pu être dénoncé quelques jours plus tard.
 
Il y a eu un habillage. Trump et Poutine se sont entendus pour donner l’impression qu’ils restaient amis, pour entretenir une apparence d’amitié. Et ils ont organisé cette mise en scène de défaussèrent et de transfert de responsabilité sur Zelenski et les Européens.
 
Atlantico : Ce sommet en Alaska ne crispe-t-il pas encore davantage les acteurs du conflit, alors que Donald Trump affichait des intentions de paix ? N’a-t-on pas franchi une étape encore plus grave dans le conflit en Ukraine, avec cette forme de reddition et d’habillage, comme vous le décrivez ?
 
Il aurait mieux valu que ce sommet n’ait pas lieu. Cette rencontre montre à quel point l’angélisme de Trump peut poser problème. Les attentes étaient fortes trop fortes, la préparation insuffisante !
 
Certains observateurs estiment qu’il est toujours bon de discuter, de dialoguer. Mais le sommet en Alaska montre au contraire que ce n’est pas toujours bon de discuter et de parler quand cela aboutit à un tel constat d’échec. Cela peut créer des ressentiments des acrimonies qui peuvent envenimer les situations.
 
Dov ZERAH
DHAREZ



 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire