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samedi 23 août 2025

Les Cartoneros. (FR, EN, ES). JBCH N° 283

Arrivé à Buenos Aires, entre l'aéroport et mon hôtel, alors que la nuit tombait sur cette magnifique ville aux arbres fleuris, un petit attroupement a retenu mon attention, des hommes et des femmes entassaient des cartons ramassés avec les ordures ménagères, c'était un business ! parce qu'à chaque carrefour, cette scène s'est reproduite, alors j'ai voulu transmettre le sens de ce phénomène, et cette image d'une des plus belles villes du monde  ... 



Chaque soir, quand la lumière décline sur les grandes avenues de la capitale argentine, une autre ville se réveille. Ce n’est pas celle des cafés élégants, des librairies ou du tango pour touristes. C’est celle des cartoneros, ces hommes, femmes et enfants qui tirent derrière eux de lourds chariots, ramassant cartons et plastiques abandonnés sur les trottoirs. 


Ils sont plus de 2 000 dans Buenos Aires même, et sans doute plusieurs dizaines de milliers dans l’ensemble du pays. Leur travail invisible constitue l’un des piliers d’une économie parallèle née de la crise et jamais disparue.



Le mot “cartonero” vient de cartón, carton. Leur métier est simple en apparence : collecter les matériaux recyclables : cartons, bouteilles, métaux – pour les revendre ensuite à des intermédiaires. Mais derrière cette simplicité se cache une mécanique complexe, presque une sous-économie structurée.


La journée type commence souvent à la tombée de la nuit. Les cartoneros circulent dans les quartiers résidentiels ou commerçants de la ville, tirant des charrettes métalliques ou de simples caddies bricolés. 





Ils fouillent les poubelles, trient rapidement ce qui a de la valeur, empilent les cartons, attachent le tout avec des cordes. En fin de tournée, ils ramènent leur récolte dans des entrepôts ou la vendent directement à des acheteurs spécialisés.


Le revenu moyen ? Entre 2 000 et 4 000 pesos par semaine, soit l’équivalent d’une trentaine d’euros. Une somme dérisoire, mais qui permet tout juste de survivre dans un pays où l’inflation dépasse régulièrement les 100 % par an.




Ce phénomène ne date pas d’hier. Les cartoneros sont devenus visibles au moment de la crise économique de 2001, lorsque l’Argentine s’est effondrée sous la dette et la pauvreté. 


Privées d’emploi, des milliers de familles ont trouvé dans la récupération des déchets une façon de se nourrir.


Depuis, même si la situation macroéconomique a connu des phases de répit, la pratique s’est enracinée. Dans certaines familles, c’est désormais un “métier” transmis de génération en génération. 


Pour beaucoup d’Argentins, ramasser des cartons n’est plus une solution temporaire : c’est la seule issue face au chômage, au travail informel et à la marginalité sociale, et encore plus avec les restrictions économiques et budgétaires de Président Milei.





Contrairement à l’image du récupérateur isolé, les cartoneros s’organisent. Plusieurs coopératives se sont constituées, notamment dans la banlieue sud et ouest de Buenos Aires. Elles regroupent des centaines de travailleurs, offrent parfois des services de base (cantine, crèche, soutien scolaire), et surtout, elles négocient directement avec la municipalité.


La ville de Buenos Aires, confrontée à des montagnes de déchets, a fini par reconnaître le rôle crucial de ces collecteurs. Depuis une quinzaine d’années, certaines coopératives bénéficient d’une subvention municipale et reçoivent même des uniformes fluorescents et des gants. Cette semi-légalisation ne règle pas tout, mais elle marque une reconnaissance officielle : sans les cartoneros, la capitale serait rapidement submergée d’ordures.


Pour les cartoneros, la lutte est double : gagner leur vie, mais aussi défendre leur dignité. “Nous ne sommes pas des voleurs, nous travaillons”, répètent-ils. 


Dans les rues, ils subissent souvent le regard méprisant des passants, parfois même des contrôles de police brutaux. Pourtant, ils rendent un service écologique majeur.


Selon certaines estimations, plus de 10 % des déchets recyclés à Buenos Aires passent par leurs mains. En d’autres termes, l’économie circulaire locale repose largement sur cette armée invisible. Dans un pays où les infrastructures de recyclage restent limitées, les cartoneros sont le maillon essentiel de la chaîne.


Le contraste est saisissant : à quelques mètres des grands cafés de Recoleta ou des boutiques de Palermo, on croise ces silhouettes qui tirent des montagnes de cartons. L’Argentine, riche de ses ressources agricoles, de son pétrole et de son gaz, et des terres rares comme le lithium, est pourtant incapable d’offrir une sécurité économique à tous ses citoyens.


Les cartoneros incarnent ce paradoxe argentin : un peuple résilient, inventif, qui survit grâce à des formes d’économie parallèle. Mais aussi une société fracturée, où l’informalité devient la norme pour des milliers de familles.


Avec l’inflation galopante, la pauvreté ne cesse de croître. Les cartoneros ne disparaîtront donc pas de sitôt. Certains économistes estiment même que leur nombre pourrait augmenter dans les années à venir, car la collecte de déchets reste l’une des rares activités accessibles sans diplôme ni capital initial.


Pourtant, les coopératives militent pour une intégration plus poussée : reconnaissance officielle, salaire minimum garanti, accès à la santé et à l’éducation. Leur argument est implacable : “Nous nettoyons la ville, nous recyclons, nous faisons économiser des millions à la municipalité. Pourquoi n’aurions-nous pas les mêmes droits que les autres travailleurs ?”

Les cartoneros de Buenos Aires sont plus qu’un simple symptôme de la pauvreté. Ils sont devenus un acteur économique à part entière, une main-d’œuvre invisible mais indispensable, qui transforme les déchets en ressources. Leur existence témoigne de la fragilité sociale de l’Argentine, mais aussi de la capacité d’une population à inventer des solutions de survie là où l’État faillit.


La prochaine fois que vous verrez, de nuit, une silhouette ployant sous le poids d’une montagne de cartons, rappelez-vous que derrière ce geste apparemment banal se joue un combat : celui de milliers de familles pour vivre, travailler et rester dignes, dans l’ombre d’une grande capitale.






© 2025 JBCH. Tous droits réservés. Reproduction du texte interdite sans autorisation


Cet article est personnel, je ne prétends pas être ni un scientifique, ni un historien, ni un professionnel du journalisme...
 

C'est  délicat de témoigner quand on est un profane, mais dans ce blog j'exprime en général un coup de coeur 

d'après l'actualité , et ma revue de presse internationale 

les photos et films sont prises sur le web, là aussi pour une utilisation personnelle et strictement privée


English


Arrival in Buenos Aires

Arriving in Buenos Aires, between the airport and my hotel, as night fell over this magnificent city with its flowering trees, a small crowd caught my attention. Men and women were stacking cardboard collected from household waste—it was a business! Because at every intersection, the same scene repeated itself. I wanted to convey the meaning of this phenomenon, this image of one of the most beautiful cities in the world...

Buenos Aires

Every evening, as the light fades over the wide avenues of the Argentine capital, another city awakens. It’s not the city of elegant cafés, bookstores, or tango for tourists. It’s the city of the cartoneros, men, women, and children who drag heavy carts behind them, collecting cardboard and plastics abandoned on the sidewalks.

There are more than 2,000 of them in Buenos Aires alone, and likely tens of thousands across the country. Their invisible work forms one of the pillars of a parallel economy born from crisis and never eradicated.

The word cartonero comes from cartón, cardboard. Their job seems simple: collect recyclable materials—cardboard, bottles, metals—and sell them to intermediaries. But behind this simplicity lies a complex mechanism, almost a structured sub-economy.

A typical day often begins at nightfall. The cartoneros roam the residential or commercial neighborhoods of the city, pulling metal carts or makeshift trolleys. They rummage through bins, quickly sort what’s valuable, stack the cardboard, and tie it all together with ropes. At the end of their rounds, they bring their haul to warehouses or sell it directly to specialized buyers.

Their average income? Between 2,000 and 4,000 pesos per week, roughly the equivalent of thirty euros. A paltry sum, but enough to barely survive in a country where inflation often exceeds 100% per year.

This phenomenon is not new. The cartoneros became visible during the 2001 economic crisis, when Argentina collapsed under debt and poverty. Deprived of jobs, thousands of families turned to waste recovery as a means of survival. Since then, even though the macroeconomic situation has seen periods of respite, the practice has taken root. In some families, it has become a “trade” passed down from generation to generation.

For many Argentines, collecting cardboard is no longer a temporary solution: it’s the only way out of unemployment, informal work, and social marginalization, especially with the economic and budgetary restrictions under President Milei.

Contrary to the image of the solitary scavenger, cartoneros are organized. Several cooperatives have formed, particularly in the southern and western suburbs of Buenos Aires. These groups bring together hundreds of workers, sometimes offering basic services (canteens, daycare, tutoring), and, most importantly, negotiating directly with the municipality.

Faced with mountains of waste, the city of Buenos Aires has come to recognize the crucial role of these collectors. For about fifteen years, some cooperatives have received municipal subsidies and even fluorescent uniforms and gloves. This semi-legalization doesn’t solve everything, but it marks official recognition: without the cartoneros, the capital would quickly be overwhelmed by garbage.

For the cartoneros, the struggle is twofold: earning a living and defending their dignity. “We’re not thieves, we work,” they repeat. In the streets, they often face the disdainful looks of passersby, sometimes even brutal police checks. Yet they provide a major ecological service. According to some estimates, over 10% of Buenos Aires’ recycled waste passes through their hands. In other words, the local circular economy relies heavily on this invisible workforce. In a country with limited recycling infrastructure, the cartoneros are an essential link in the chain.

The contrast is striking: just a few meters from the grand cafés of Recoleta or the boutiques of Palermo, you see these figures pulling mountains of cardboard. Argentina, rich in agricultural resources, oil, gas, and rare earths like lithium, is still unable to provide economic security for all its citizens.

The cartoneros embody this Argentine paradox: a resilient, inventive people surviving through parallel economies, but also a fractured society where informality has become the norm for thousands of families.

With runaway inflation, poverty continues to grow. The cartoneros are unlikely to disappear anytime soon. Some economists even predict their numbers could rise in the coming years, as waste collection remains one of the few activities accessible without a diploma or initial capital.

Yet the cooperatives are advocating for deeper integration: official recognition, a guaranteed minimum wage, access to healthcare, and education. Their argument is irrefutable: “We clean the city, we recycle, we save the municipality millions. Why shouldn’t we have the same rights as other workers?”

The cartoneros of Buenos Aires are more than a mere symptom of poverty. They have become an economic actor in their own right, an invisible but indispensable workforce that transforms waste into resources. Their existence testifies to Argentina’s social fragility but also to the population’s ability to invent survival solutions where the state falls short.

The next time you see a silhouette at night, bending under the weight of a mountain of cardboard, remember that behind this seemingly mundane act lies a struggle: that of thousands of families to live, work, and remain dignified in the shadow of a great capital.

© 2025 JBCH. All rights reserved. Reproduction of this text is prohibited without authorization.

This article is personal. I do not claim to be a scientist, historian, or professional journalist. It’s delicate to bear witness as a layperson, but in this blog, I generally express a passion inspired by current events and my review of the international press. The photos and videos are sourced from the web, for strictly personal and private use.


Español

Llegada a Buenos Aires

Al llegar a Buenos Aires, entre el aeropuerto y mi hotel, mientras caía la noche sobre esta magnífica ciudad de árboles florecidos, un pequeño grupo llamó mi atención. Hombres y mujeres apilaban cartones recolectados de los desechos domésticos: ¡era un negocio! Porque en cada cruce, la escena se repetía. Quise transmitir el significado de este fenómeno, esta imagen de una de las ciudades más bellas del mundo...

Buenos Aires

Cada noche, cuando la luz se desvanece sobre las amplias avenidas de la capital argentina, otra ciudad despierta. No es la de los elegantes cafés, las librerías o el tango para turistas. Es la de los cartoneros, hombres, mujeres y niños que arrastran pesados carros, recolectando cartones y plásticos abandonados en las veredas.

Hay más de 2.000 en Buenos Aires misma, y probablemente decenas de miles en todo el país. Su trabajo invisible constituye uno de los pilares de una economía paralela nacida de la crisis y que nunca desapareció.

La palabra cartonero proviene de cartón. Su oficio parece simple: recolectar materiales reciclables —cartones, botellas, metales— y venderlos a intermediarios. Pero detrás de esta simplicidad se esconde un mecanismo complejo, casi una subeconomía estructurada.

El día típico comienza a menudo al caer la noche. Los cartoneros recorren los barrios residenciales o comerciales de la ciudad, tirando de carretas metálicas o simples carritos improvisados. Revuelven los contenedores, seleccionan rápidamente lo que tiene valor, apilan los cartones y lo atan todo con cuerdas. Al final de su recorrido, llevan su cosecha a depósitos o la venden directamente a compradores especializados.

¿El ingreso promedio? Entre 2.000 y 4.000 pesos por semana, el equivalente a unos treinta euros. Una suma insignificante, pero que apenas permite sobrevivir en un país donde la inflación supera regularmente el 100% anual.

Este fenómeno no es nuevo. Los cartoneros se hicieron visibles durante la crisis económica de 2001, cuando Argentina colapsó bajo la deuda y la pobreza. Sin empleo, miles de familias encontraron en la recuperación de desechos una forma de alimentarse. Desde entonces, aunque la situación macroeconómica ha tenido períodos de alivio, la práctica se ha arraigado. En algunas familias, se ha convertido en un “oficio” transmitido de generación en generación.

Para muchos argentinos, recolectar cartones ya no es una solución temporal: es la única salida frente al desempleo, el trabajo informal y la marginalidad social, especialmente con las restricciones económicas y presupuestarias del presidente Milei.

Contrario a la imagen del recuperador solitario, los cartoneros se organizan. Varias cooperativas se han formado, especialmente en los suburbios del sur y oeste de Buenos Aires. Estas agrupan a cientos de trabajadores, a veces ofrecen servicios básicos (comedores, guarderías, apoyo escolar) y, sobre todo, negocian directamente con el municipio.

La ciudad de Buenos Aires, enfrentada a montañas de basura, ha terminado por reconocer el papel crucial de estos recolectores. Desde hace unos quince años, algunas cooperativas reciben subsidios municipales e incluso uniformes fluorescentресп

System: fluorescentes y guantes. Esta semilegalización no resuelve todo, pero marca un reconocimiento oficial: sin los cartoneros, la capital estaría rápidamente inundada de basura.

Para los cartoneros, la lucha es doble: ganarse la vida y defender su dignidad. “No somos ladrones, trabajamos”, repiten. En las calles, a menudo enfrentan las miradas despectivas de los transeúntes, a veces incluso controles policiales brutales. Sin embargo, prestan un servicio ecológico importante. Según algunas estimaciones, más del 10% de los desechos reciclados en Buenos Aires pasan por sus manos. En otras palabras, la economía circular local depende en gran medida de esta fuerza laboral invisible. En un país con infraestructura de reciclaje limitada, los cartoneros son el eslabón esencial de la cadena.

El contraste es impactante: a pocos metros de los grandes cafés de Recoleta o las boutiques de Palermo, se ven estas figuras tirando de montañas de cartones. Argentina, rica en recursos agrícolas, petróleo, gas y tierras raras como el litio, aún no puede ofrecer seguridad económica a todos sus ciudadanos.

Los cartoneros encarnan esta paradoja argentina: un pueblo resiliente, inventivo, que sobrevive gracias a formas de economía paralela, pero también una sociedad fracturada, donde la informalidad se ha convertido en la norma para miles de familias.

Con una inflación galopante, la pobreza sigue creciendo. Los cartoneros no desaparecerán pronto. Algunos economistas incluso estiman que su número podría aumentar en los próximos años, ya que la recolección de desechos sigue siendo una de las pocas actividades accesibles sin diploma ni capital inicial.

Sin embargo, las cooperativas luchan por una integración más profunda: reconocimiento oficial, salario mínimo garantizado, acceso a la salud y la educación. Su argumento es irrefutable: “Limpiamos la ciudad, reciclamos, le ahorramos millones al municipio. ¿Por qué no deberíamos tener los mismos derechos que otros trabajadores?”

Los cartoneros de Buenos Aires son más que un simple síntoma de la pobreza. Se han convertido en un actor económico por derecho propio, una fuerza laboral invisible pero indispensable que transforma los desechos en recursos. Su existencia da testimonio de la fragilidad social de Argentina, pero también de la capacidad de una población para inventar soluciones de supervivencia donde el Estado falla.

La próxima vez que veas, de noche, una silueta encorvada bajo el peso de una montaña de cartones, recuerda que detrás de ese gesto aparentemente banal se libra una lucha: la de miles de familias por vivir, trabajar y mantenerse dignas en la sombra de una gran capital.

© 2025 JBCH. Todos los derechos reservados. Prohibida la reproducción de este texto sin autorización.

Este artículo es personal. No pretendo ser científico, historiador ni periodista profesional. Es delicado dar testimonio como profano, pero en este blog generalmente expreso un entusiasmo inspirado por la actualidad y mi revisión de la prensa internacional. Las fotos y videos son obtenidos de la web, para un uso estrictamente personal y privado.


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