Un minuscule sceau en argile, découverte sur le Mont du Temple à Jérusalem, révèle le nom d’un fonctionnaire biblique. Porteur d’une empreinte digitale et d’un nom mentionné dans les Écritures, elle relance les débats sur l’ancrage historique du récit biblique.

À Jérusalem, au pied de l’esplanade du Mont du Temple, des archéologues du Temple Mount Sifting Project, soutenus par l’Université Bar-Ilan, ont identifié un minuscule sceau d’argile vieux de 2 600 ans portant une inscription en paléo-hébreu. L’objet, exhumé d’un sol déplacé lors de travaux non autorisés dans les années 1990, pourrait avoir appartenu au fils d’un haut fonctionnaire du roi Josias, figure clé de la réforme religieuse mentionnée dans la Bible hébraïque. Ce type de sceau, ou bulla, servait à marquer et sécuriser des biens administratifs.

Sa découverte, exceptionnellement bien conservée, vient alimenter un débat ancien. Dans quelle mesure les récits bibliques s’ancrent-ils dans une réalité historique documentable ? L’inscription complète, combinée à une empreinte digitale antique, offre des indices concrets sur la structure du pouvoir à Jérusalem peu avant sa destruction par les Babyloniens en 586 avant notre ère.



Une trouvaille rare sur un sol sacré



Sceau retrouvé 


Le sceau a été retrouvé dans un contexte unique : les déblais du Mont du Temple, retirés sans encadrement archéologique entre 1996 et 1999 lors de travaux réalisés par le Mouvement islamique dans les anciennes Écuries de Salomon. Ces terres, considérées comme archéologiquement sensibles, ont été transportées puis partiellement abandonnées dans la vallée du Cédron. C’est sur cette matière déplacée que repose tout le travail du Temple Mount Sifting Project, lancé en 2004 sous l’égide de l’Institut d’archéologie de l’université Bar-Ilan. Le projet repose sur le tamisage de milliers de tonnes de sol à la recherche de vestiges archéologiques passés inaperçus.

L’artefact, trouvé récemment dans un lot de fragments daté de deux ans, a été repéré par Ehrlich non pas sur le terrain, mais en laboratoire. De couleur claire et de forme irrégulière, il a d’abord été pris pour un morceau d’os. Mais sa surface portait des lettres bien formées, visibles à l’œil nu. Grâce à la technologie de Reflectance Transformation Imaging (RTI), l’inscription a été entièrement déchiffrée par l’experte Anat Mendel-Geberovich.

© Temple Mount Sifting Project (TMSP)

Sceau d'argile rare provenant du mont du Temple.

Ce n’est que la deuxième fois, en vingt ans de fouilles, qu’un sceau portant une inscription aussi complète est mis au jour dans ce contexte. Sa localisation indirecte — le Mont du Temple étant interdit à toute fouille directe — n’enlève rien à sa valeur. Bien au contraire, elle souligne l’importance de chaque fragment de terre passé au crible. Ici, un nom gravé dans la glaise vient traverser les millénaires.

Aux portes du pouvoir sous le règne de Josias

Sous le règne du roi Josias, au VIIe siècle avant notre ère, le royaume de Juda traverse une période de bouleversements politico-religieux majeurs. C’est dans ce contexte précis que s’inscrit le personnage d’Asayahu, mentionné à deux reprises dans la Bible hébraïque. À savoir dans 2 Rois 22:12 et 2 Chroniques 34:20. On le décrit comme « serviteur du roi », envoyé en mission officielle auprès de la prophétesse Houlda. Cela après la découverte d’un rouleau sacré dans le Temple de Jérusalem. On interprète cette trouvaille comme une version ancienne du Deutéronome. Ce qui alarme Josias par ses avertissements de destruction divine en cas de désobéissance au culte de YHWH.

Dans cette chaîne d’événements décisifs pour l’identité religieuse d’Israël, Asayahu occupe une place centrale en tant que conseiller de confiance. Le sceau mis au jour en 2025 mentionne « Yeda‘yah, fils d’Asayahu ». Cette association onomastique se montre suffisamment spécifique pour éveiller l’intérêt des chercheurs. Selon Zachi Dvira, la probabilité est forte que ce sceau soit celui du fils du dignitaire biblique. Il se trouvait actif lui aussi dans l’administration royale ou celle du Temple, rapport Arkeonews.

Les sceaux comme celui-ci servaient à authentifier des documents ou à sceller des jarres contenant des biens précieux. Le suffixe « -yahu » dans le nom d’Asayahu indique une invocation explicite au dieu d’Israël. Cela renforce l’idée d’un environnement religieux structuré autour du Temple. Dans un appareil d’État où la foi et la gestion se voyaient étroitement liées, un sceau personnel constituait à la fois un outil pratique et une affirmation d’identité au sein du pouvoir judéen.


Le sceau comme outil d’autorité

À l’époque du Premier Temple, les sceaux d’argile — appelés bullae — se voulaient donc des instruments fondamentaux de l’administration judéenne. Apposés sur les nœuds de cordes qui fermaient jarres, sacs de provisions ou rouleaux de papyrus, ils servaient à garantir l’intégrité d’un contenu et à identifier clairement l’autorité responsable. Leur usage relevait de la logistique autant que du pouvoir. « Ces objets n’étaient pas utilisés par des gens ordinaires », insiste l’archéologue Zachi Dvira, co-directeur du Temple Mount Sifting Project, cité par le Daily Mail. Seuls les membres d’une élite administrative, civile ou cultuelle, en possédaient.

Dans une société sans papier ni signature manuscrite, le sceau tenait lieu de signature personnelle et de preuve de légitimité. Il permettait de tracer la provenance d’un bien ou l’authenticité d’un document. Chaque bulla conservait, en creux, l’empreinte d’un sceau gravé, parfois accompagné d’une empreinte digitale, comme dans le cas du sceau de Yeda‘yah. « Cette empreinte peut très bien être celle du fonctionnaire lui-même », estime Mordechai Ehrlich.

Ces sceaux jouaient également un rôle dans la chaîne de gestion des entrepôts royaux et du Temple, notamment pour des denrées comme le vin, l’huile ou le grain. Selon Dvira, l’inscription complète du sceau de Yeda‘yah et son lieu de découverte suggèrent une fonction au sein d’un système organisé, probablement lié au Trésor royal ou au Temple. Enfin, la datation stylistique de l’écriture confirme que ce type d’inscription se montre typique de la fin du VIIe ou du début du VIe siècle avant notre ère. À la veille de la chute de Jérusalem face à Babylone.