Une alliance improbable devenue stratégique
Depuis plus de 15 ans, Israël et l’Azerbaïdjan ont développé une relation bilatérale unique dans le monde musulman chiite.
Si l’on considère que l’Azerbaïdjan est un pays de culture turque, à majorité chiite, frontalier de l’Iran, ce rapprochement avec l’État hébreu semble, de prime abord, paradoxal.
Et pourtant, c’est précisément ce contexte géopolitique complexe qui a contribué à cimenter un partenariat stratégique de plus en plus assumé.
Le socle de cette relation repose sur trois piliers fondamentaux : la coopération militaire, les échanges énergétiques, et une entente diplomatique fondée sur un pragmatisme mutuel.
L’Azerbaïdjan fournit près de 40 % du pétrole brut consommé par Israël, via l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan.
En retour, Israël est devenu un fournisseur central de technologies militaires, de drones, de systèmes radar et de cybersécurité pour les forces armées azerbaïdjanaises.
Ces armes israéliennes ont joué un rôle crucial dans la guerre du Haut-Karabakh en 2020, dans laquelle l’Azerbaïdjan a infligé une défaite cinglante à l’Arménie, avec l’appui technologique de ses partenaires, notamment turcs et israéliens.
Mais le plus frappant est peut-être l’évolution diplomatique : l’ouverture d’une ambassade d’Azerbaïdjan à Tel Aviv en 2023 a marqué une étape historique, officialisant une relation autrefois discrète.
Cette décision, saluée par Jérusalem comme un signal fort de normalisation, a immédiatement été interprétée comme une ouverture vers une possible adhésion aux Accords d’Abraham, sous impulsion américaine.
Bases israéliennes, coopération secrète et diplomatie en coulisses
Sur le plan militaire, les liens entre Israël et l’Azerbaïdjan dépassent la simple vente d’armement. Plusieurs rapports indiquent que l’aviation israélienne aurait accès, de manière ponctuelle et confidentielle, à des infrastructures azerbaïdjanaises pour des missions de surveillance et de ravitaillement, notamment en direction de l’Iran. Cela aurait été le cas, selon certaines sources, durant la guerre éclair des 12 jours, où Israël aurait frappé des installations iraniennes critiques, en contournant les routes traditionnelles grâce à des relais discrets au nord de l’Iran.
Ni Jérusalem ni Bakou n’ont confirmé ces informations, mais la réaction furieuse de Téhéran, les manœuvres militaires iraniennes à la frontière azérie, et la rhétorique anti-bakinoise de la presse iranienne laissent peu de doute sur la véracité de ces rumeurs.
En parallèle, les États-Unis ont intensifié leurs efforts diplomatiques pour faire de l’Azerbaïdjan un nouveau signataire des Accords d’Abraham, signés en 2020 sous l’égide de Washington.
Cette initiative visait initialement à normaliser les relations entre Israël et plusieurs pays arabes (Émirats arabes unis, Bahreïn, Maroc, Soudan), mais elle pourrait désormais s’élargir à des nations musulmanes non arabes.
Les discussions entre Washington, Bakou et Jérusalem porteraient actuellement sur des garanties économiques, une coopération accrue en matière de sécurité énergétique, et des projets communs de développement régional.
Les Américains voient dans cette adhésion une triple opportunité :
- Isoler davantage l’Iran, en encerclant son espace d’influence.
- Renforcer l’ancrage occidental du Caucase, face à la Russie et à la Chine.
- Consolider l’axe de stabilité Israël-Turquie-Azerbaïdjan, qui gagne en cohérence stratégique.
Bakou, pour sa part, avance prudemment. Le régime dictatorial du président Ilham Aliyev souhaite maintenir un équilibre délicat entre ses alliances occidentales, son partenariat avec Israël, ses liens culturels avec la Turquie, et la nécessité d’éviter une confrontation directe avec l’Iran.
Une ouverture vers le monde musulman moderne ?
Le rapprochement israélo-azerbaïdjanais est aussi un révélateur d’une évolution idéologique au sein du monde musulman, en particulier du côté des pays non arabes.
Alors que les conflits identitaires, religieux ou historiques ont longtemps entravé la normalisation avec Israël, Bakou a choisi une approche décomplexée et pragmatique, centrée sur les intérêts nationaux, le développement économique, et la stabilité régionale.
Sur le plan culturel, ce rapprochement est facilité par l’histoire millénaire des Juifs de la Montagne, une communauté autochtone du Caucase bien intégrée en Azerbaïdjan, et aujourd’hui valorisée comme symbole de la coexistence religieuse.
Cette dimension communautaire contribue à l’acceptabilité sociale de la relation avec Israël, malgré la solidarité traditionnelle envers le monde musulman et la cause des arabes de palestine
Israël, de son côté, voit dans l’Azerbaïdjan un modèle de pays musulman modéré, laïc, technologiquement ambitieux, et potentiellement moteur dans une nouvelle phase d’ouverture diplomatique avec d’autres nations à majorité musulmane.
L’adhésion éventuelle de l’Azerbaïdjan aux Accords d’Abraham serait symboliquement forte : elle marquerait la première signature d’un État chiite non arabe à cet accord, et ouvrirait la voie à d’autres pays d’Asie centrale comme l’Ouzbékistan ou le Kazakhstan, voire à certains États africains à majorité musulmane comme le Nigeria le Cameroun,, le Togo, le Benin et la Côte d’Ivoire
Une alliance aux implications régionales majeures
Ce partenariat Israël-Azerbaïdjan, autrefois discret, devient aujourd’hui un levier géopolitique majeur dans le Caucase, au Moyen-Orient, et au-delà. Il incarne une mutation des rapports entre Israël et le monde musulman, hors des prismes idéologiques classiques.
Si Bakou rejoint les Accords d’Abraham, ce serait une victoire diplomatique majeure pour Washington et Jérusalem, mais aussi une démonstration que la coopération judéo-musulmane est possible, y compris dans un contexte chiite.
Ce serait aussi un coup dur pour l’Iran, qui verrait son flanc nord verrouillé par une alliance israélo-azérie renforcée.
En somme, les relations entre Israël et l’Azerbaïdjan ne relèvent plus d’une logique bilatérale classique : elles dessinent une nouvelle architecture régionale, fondée sur la technologie, la sécurité, la stabilité… et peut-être, demain, sur la paix ouverte.
Alors que Paris met toute son énergie diplomatique en cette fin d’année 2025 pour faire plier et éloigner Israël afin qu’un nouvel état (le 3ème avec la Jordanie) soit créé pour les arabes de Palestine,
Washington avance ses pions en bâtissant avec patience et ténacité les « Accords d’Abraham » qui apporteraient paix et énormes succès économiques dans la région.
Le combat Europe (conduite par Macron) et les USA semble tourner à l’avantage de Washington, dans tous les domaines éthiques, économiques, technologiques et miliaires.




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