La paracha Vayetsé s’ouvre sur un moment de tension dramatique : Yaakov quitte précipitamment Beersheva pour échapper à la colère d’Essav, frustré d’avoir perdu la bénédiction d’Isaac.
Cette fuite n’est pas un acte de faiblesse ; elle traduit la lucidité d’un homme confronté à des forces qui le dépassent. Dans la Torah, fuir peut-être un acte de maturité : on s’éloigne pour mieux construire, pour préserver la vie et laisser au temps le pouvoir d’apaiser.
Aujourd'hui, ce récit résonne avec une intensité particulière pour Israël. Les frontières restent des zones de tension : Au sud, le cessez-le-feu fragile avec le Hamas est régulièrement mis à l’épreuve par des escarmouches meurtrières : Au nord, malgré l’accord de novembre 2024, les échanges de tirs avec le Hezbollah entretiennent le spectre d’un conflit élargi.
Dans la diaspora, la peur prend d’autres formes : l’antisémitisme s’est banalisé. Un rapport de 2025 indique que 83 % des étudiants juifs américains ont subi insultes, pressions ou intimidations depuis octobre 2023. À Paris, Londres ou New York, les agressions et profanations se multiplient. Le peuple juif, comme Yaakov, oscille entre prudence stratégique et résilience : il ne se laisse pas écraser par la peur, mais la transforme en vigilance et en cohésion.
En chemin vers Haran, Yaakov s’endort et reçoit l’une des visions les plus célèbres de la Bible : une échelle reliant le ciel et la terre, parcourue par des anges. Beit-El devient alors pour lui un lieu de promesse, la certitude qu’il n’est jamais seul. Ce rêve incarne l’union des contraires : le spirituel et le concret, le destin individuel et la mission collective.
Cette échelle symbolise aussi la relation complexe entre Israël et la diaspora. Alors que la population juive d’Israël dépasse les 7,76 millions et que la natalité croît malgré les crises, des fractures émergent. À New York, l’élection de Zohran Mamdani comme maire de la plus grande ville juive du monde, soutenue par une partie de la jeunesse juive progressiste critique envers Israël, provoque de vifs débats : certains y voient une remise en cause des valeurs sionistes, d’autres l’expression d’une quête de justice sociale.
Comme les anges montant et descendant, de nombreux jeunes Juifs naviguent entre attachement ancestral et regard critique moderne. Pourtant, le lien demeure : les études sociologiques montrent que, malgré les tensions, l’identité juive reste résiliente.
Vayetsé nous enseigne que la réconciliation n’est pas synonyme d’uniformité : elle est une ascension commune, une échelle à gravir ensemble.
Arrivé chez Lavan, Yaakov découvre un univers où les règles changent selon l’intérêt de l’autre. Il travaille sept ans pour épouser Rachel, mais Lavan lui substitue Léa lors du mariage. Il devra travailler sept années de plus. Cette tromperie n’est pas seulement un piège familial : elle est le symbole des contraintes imposées par des systèmes sociaux ou politiques qui cherchent à façonner le destin d’autrui.
Yaakov ne se laisse pas dominer : il répond à la ruse par l’intelligence, construit son indépendance et finit par prospérer.
Ce processus évoque les tensions internes qui traversent Israël aujourd’hui. L’un des débats les plus brûlants de 2025 concerne le service militaire des haredim, longtemps exemptés, alors que le gouvernement cherche à rééquilibrer l’effort national. Les manifestations massives montrent une société en lutte non contre un ennemi extérieur, mais contre la définition même de la solidarité interne.
Parallèlement, Israël continue d’innover : progrès spectaculaires en intelligence artificielle, recherches médicales sur le vieillissement, croissance démographique de 1,8 % par an. Comme Yaakov, Israël avance malgré les contraintes, s’adapte, invente.
Lorsque Yaakov quitte Lavan, il retourne vers Canaan porteur d’une appréhension profonde : la rencontre avec Essav. Il prépare des présents, organise sa défense, adresse à Dieu l’une des plus belles prières de la Torah. Il ne fuit plus : il transforme la confrontation en possibilité de paix.
De même, en 2025, Israël anticipe ses défis : négociations difficiles avec le Hamas, gestion des risques face au Hezbollah, lutte contre l’antisémitisme en Europe, en hausse de plus de 30 %.
La diaspora, blessée mais résiliente, cherche des voies d’unité et de responsabilité partagée.
Avec Vayetsé on découvre un miroir avec notre actualité. Vayetsé devient une grille de lecture de notre époque : la peur d’Essav : menaces extérieures ; l’échelle : liens fragiles mais essentiels entre Israël et diaspora ; Lavan : tensions internes, manipulations, nécessités d’adaptation ; la famille et la bénédiction : continuité et transmission ; la lutte et le retour : transformation, maturité, identité renouvelée.
Kislev 2025, c’est le mois des lumières, avec Hanoucca, alors que le monde oscille entre conflits, haine et incertitude, Yaakov nous rappelle que l’histoire juive est un chemin où la peur devient lucidité, l’exil devient mission et la fragilité devient lumière.
Puissions-nous porter cette lumière dans nos analyses, nos décisions et nos relations.
Am Israël Haï.
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