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samedi 22 novembre 2025

Rapprochement Ukraine Israël. JBCH N° 657

Au milieu de la guerre en Ukraine, qui entre dans sa quatrième année en novembre 2025, la visite imminente du vice-Premier ministre ukrainien Taras Kachka en Israël, prévue pour les 4-5 décembre, marque un tournant diplomatique et économique. 


Pour la première fois depuis l’invasion russe de 2022, un haut responsable ukrainien de ce niveau se rendra à Jérusalem pour relancer la coopération économique bilatérale. 


Cette initiative, couverte par le Jerusalem Post et confirmée par plusieurs sources, s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques accrues : la Russie intensifie ses opérations hybrides contre l’Ukraine et ses alliés, tandis que des discussions sur un plan de paix américain, incluant des concessions territoriales, font surface. 




Cet article explore l’avenir de ces relations, la réaction probable de Moscou, et les enjeux d’armement défensif et de sécurité, en s’appuyant sur les développements récents.




L’avenir des relations Ukraine-Israël : Une renaissance économique prometteuse: En effet, La visite de Taras Kachka, responsable de l’intégration européenne et du commerce, vise à convoquer la première réunion de la Commission intergouvernementale israélo-ukrainienne sur le commerce et la coopération économique depuis 2021. 


Selon l’ambassade ukrainienne en Israël, ces discussions porteront sur des secteurs clés comme l’agriculture, l’économie et les technologies de l’information (Al-tech), avec l’espoir d’impulser des résultats immédiats et positifs. En 2024, le volume des échanges bilatéraux a déjà bondi de 65 % par rapport à 2023, atteignant près d’un milliard de dollars US, malgré la guerre. Kachka espère que ces pourparlers élèveront les relations à un “nouveau niveau” et favoriseront une augmentation supplémentaire du commerce.




Sur le plan symbolique, l’inauguration d’un monument commémorant le Holodomor (la famine génocidaire de 1932-1933 en Ukraine, qui a tué des millions de personnes, dont des centaines de milliers de Juifs) à Jérusalem renforcera les liens historiques et humains. L’ambassadeur ukrainien Yevhen Korniychuk a souligné que cette visite est “très importante” pour l’Ukraine, qui voit en Israël un partenaire soutenant son intégration européenne et sa lutte contre l’agression russe. Du côté israélien, le ministre des Finances Ze’ev Elkin, qui a récemment visité l’Ukraine pour rouvrir des bureaux d’immigration juive à Dnipro et Odessa, incarne cette volonté de coopération.



À plus long terme, cet avenir semble optimiste mais conditionné par la stabilité régionale. Israël, confronté à ses propres conflits (avec le Hamas et le Hezbollah), pourrait exporter des technologies défensives non létales vers l’Ukraine, renforçant ainsi un partenariat stratégique. Cependant, la guerre en Ukraine et les tensions au Moyen-Orient risquent de compliquer les flux commerciaux. Si les discussions aboutissent, on pourrait voir une diversification des exportations ukrainiennes (céréales, IT) vers Israël, et un soutien israélien accru à la reconstruction ukrainienne. Sans cela, les relations pourraient stagner, limitées par les priorités sécuritaires d’Israël et les sanctions occidentales contre la Russie, qui affectent indirectement les chaînes d’approvisionnement.





Que pensera Moscou ? Une irritation calculée, sans réaction explosive immédiate : Moscou observera cette visite avec une irritation contenue, mais sans doute sans réaction spectaculaire à court terme. La Russie, qui maintient des relations pragmatiques avec Israël – malgré un refroidissement depuis octobre 2023 dû au soutien russe au Hezbollah et à l’Iran –, évite les confrontations directes pour préserver son influence au Moyen-Orient. En février 2025, Israël a même voté aux côtés de la Russie (et des États-Unis) contre une résolution de l’ONU réaffirmant l’intégrité territoriale de l’Ukraine, signalant une neutralité stratégique. Cette posture permet à Israël de maintenir sa liberté d’action en Syrie, où les forces russes contrôlent l’espace aérien.



Cependant, le Kremlin perçoit toute coopération économique Ukraine-Israël comme une menace indirecte à son isolationnisme imposé. La Russie mène une guerre hybride active contre l’Ukraine et ses alliés européens, incluant cyberattaques, désinformation et sabotages (comme les survols de drones sur des aéroports en Allemagne et en Belgique en novembre 2025). 


Un renforcement des liens bilatéraux pourrait être vu comme un contournement des sanctions russes, surtout si cela inclut des transferts technologiques. Des officiels russes, comme Maria Zakharova, ont déjà averti en 2023 que toute aide militaire à l’Ukraine serait considérée comme une “cible légitime”. En 2025, Poutine a partagé des propositions de paix avec Israël et l’Iran, soulignant son rôle de médiateur, mais sans concessions réelles.

À l’avenir, Moscou pourrait intensifier sa rhétorique anti-israélienne ou ses actions hybrides en Europe pour dissuader de tels rapprochements. Pourtant, les liens économiques russo-israéliens (milliards de dollars annuels) et la dépendance mutuelle au Moyen-Orient tempèrent les risques. Le Kremlin, focalisé sur ses avancées lentes en Ukraine (169 km² conquis en octobre-novembre 2025), priorisera probablement la guerre d’usure plutôt qu’une escalade diplomatique. Si le plan de paix américain (incluant le retrait ukrainien du Donbass et de la Crimée) progresse, Moscou pourrait tolérer ces échanges mineurs comme un “prix” pour une victoire perçue.

Y a-t-il de l’armement défensif ? Les défis de la sécurité en temps de guerre hybride : La sécurité reste un pilier de cette visite, mais Israël reste prudent sur les livraisons d’armes létales à l’Ukraine, de peur de froisser Moscou. Historiquement réticent, Israël a toutefois évolué en 2025 : en janvier, il a proposé de transférer des armes russes capturées au Hezbollah (plus de 60 % d’origine russe, comme des missiles Kornet et des fusils Dragunov) à Kiev, en guise de “vengeance” symbolique contre le soutien russe à l’Iran. Des intercepteurs Patriot (90 unités) ont été transférés via les États-Unis en janvier 2025, bien qu’Israël nie une implication directe. Les exportations d’armes israéliennes ont atteint un record de 14,8 milliards de dollars en 2024, avec 54 % vers l’Europe (boostées par la guerre en Ukraine), incluant des systèmes défensifs comme l’Arrow-3 (vendu à l’Allemagne pour 4,3 milliards) et le Barak MX (à la Slovaquie).




Pour l’Ukraine, ces systèmes défensifs – radars, drones de surveillance, munitions air-sol – pourraient être discutés lors de la visite, sans engagement ferme. Israël a déjà fourni une aide humanitaire (22,5 millions de dollars) et un hôpital de campagne en 2022, et autorisé en 2023 l’export de matériel défensif non létal (comme des systèmes anti-drones). 


En 2025, face à l’escalade russe (frappes sur Zaporijjia tuant 5 personnes le 20 novembre), l’Ukraine plaide pour plus : des batteries Hawk et des missiles anti-balistiques. Mais la “carotte et le bâton” russe – menaces en Syrie et incitations économiques – freine Jérusalem.


La guerre hybride russe complique la donne : cyberattaques sur les infrastructures ukrainiennes (comme l’attaque sur le dépôt pharmaceutique Optima-Pharm en novembre), désinformation et sabotages en Europe visent à épuiser les soutiens de Kiev. L’Ukraine a développé une résilience remarquable (via le Centre de communications stratégiques et le Ministère du Numérique), offrant des leçons pour l’Europe : coordination public-privé, renforcement cyber et contre-désinformation. Des scénarios pour 2025-2026 (GLOBSEC) prévoient une “guerre d’usure prolongée” (31 % de probabilité), avec des risques d’escalade si les aides occidentales faiblissent. Israël pourrait contribuer via des partenariats en cybersécurité et IA défensive, alignés sur ses exportations record.

 


Vers une alliance pragmatique, mais fragile L’avenir des relations Ukraine-Israël s’annonce comme une bouffée d’air frais économique et symbolique, potentiellement boostée par des échanges à un milliard de dollars et une reconnaissance mutuelle des tragédies passées. Moscou, agacé mais pragmatique, critiquera sans doute cette “provocation”, tout en maintenant ses liens avec Israël pour des raisons stratégiques. 




Sur l’armement défensif, des avancées modestes (transferts indirects, tech non létale) sont possibles, mais la sécurité globale dépendra des négociations de paix américaines et de la résolution de l’Ukraine à résister à la guerre hybride russe. En fin de compte, cette visite pourrait ancrer Israël comme allié discret de l’Europe de l’Est, favorisant une stabilité régionale – à condition que la diplomatie l’emporte sur les armes. 


Pour la France et l’Europe, c’est un rappel : renforcer les kits de survie, comme évoqué précédemment, et soutenir ces ponts diplomatiques pour contrer l’agression hybride. L’avenir reste incertain, mais l’initiative de Kachka est un pas vers la résilience collective.










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