La COP30 ouvre ses portes à Belem, L’Amazonie à l’épreuve de la ruée vers l’or noir
À Oiapoque, ville amazonienne de 30 000 habitants à la frontière de la Guyane française, souffle un vent de prospérité inédite. Le gouvernement brésilien, sous l’impulsion de Lula, a autorisé en octobre 2025 l’exploration pétrolière au large des côtes de l’État d’Amapá, sur le « bloc 59 », confié au géant Petrobras.
Cette décision marque un tournant historique : pour la première fois, le pétrole s’invite au seuil du plus grand écosystème tropical du monde.
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La région, autrefois isolée, se transforme à grande vitesse : chantiers, hôtels, routes, commerces surgissent de partout. Les habitants, longtemps marginalisés, espèrent enfin un avenir meilleur. Le slogan « Oui au développement ! Oui au pétrole ! » incarne leur ferveur. Pour eux, la manne pétrolière promet emplois, infrastructures et reconnaissance nationale. Petrobras, appuyé par ExxonMobil, CNPC et Chevron, investit massivement, tandis que les élus locaux rêvent de faire d’Oiapoque une « cité modèle ».
Mais derrière l’euphorie se cache un drame écologique et social en gestation. ONG et communautés indigènes alertent : la zone côtière, où se rencontrent l’Atlantique et l’Amazone, est l’une des plus instables du globe. Une marée noire y serait incontrôlable.
Le paradoxe brésilien éclate au grand jour : Lula, qui accueillera la COP30 à Belém, se présente comme champion du climat, prônant un mix énergétique à 90 % renouvelable et la fin de la déforestation illégale d’ici 2030. Mais dans le même temps, il mise sur le pétrole offshore pour financer la « transition énergétique ». Cette double logique – verte en discours, noire en pratique – fragilise la crédibilité internationale du Brésil, pourtant autoproclamé « superpuissance environnementale ».
Les ONG dénoncent une « contradiction morale majeure » : au nom du développement, le pays s’apprête à sacrifier l’un des écosystèmes les plus fragiles et précieux de la planète. Le Curupira, esprit mythique protecteur de la forêt choisi comme mascotte de la COP30, semble ici trahi. Derrière les promesses de prospérité, c’est la survie d’un monde – celui de l’Amazonie et de ses peuples – qui se joue.
On retrouve d’un côté, une population pauvre qui espère la modernité grâce au pétrole ; de l’autre, des gardiens de la nature et des scientifiques conscients du coût écologique irréversible.
Le pouvoir brésilien, en forçant la main à l’Institut de l’environnement (Ibama), sacrifie la prudence au profit d’une rentabilité immédiate. La situation d’Oiapoque illustre le dilemme mondial : faut-il détruire la planète pour la sauver ?
L’Amazonie, poumon de la Terre, risque de devenir le champ d’expérimentation d’un développement paradoxal, où la transition écologique se finance par la destruction de la nature elle-même.
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