Alors que Shein a eu droit aux "unes" de tous les médias, on ne prend pas garde à un autre géant qui lui cherche à céer des points de ventes en Europe pour tous les produis electroniques et électro-ménagers fabriqués en Chine ...
Le géant chinois de l’e-commerce JD.com (Jingdong), troisième acteur du commerce en ligne en Chine derrière Alibaba et Pinduoduo, prépare un retour ambitieux sur le continent européen.
Après avoir déposé une offre publique d’achat de 2,2 milliards d’euros sur Ceconomy, maison mère des enseignes MediaMarkt et Saturn, le groupe contrôle déjà près de 39,4 % du capital et bénéficie du soutien d’actionnaires représentant environ 25 % supplémentaires. Cette opération, encore en attente de validation finale par le ministère allemand de l’économie, offrirait à JD.com l’accès à près de 1 000 magasins en Europe (Allemagne, Espagne, Italie), véritables vitrines pour écouler des produits chinois haut de gamme et électroniques.
Ce rachat a une portée stratégique évidente : par effet de ricochet, JD.com entrerait dans le capital de Fnac Darty, dont Ceconomy détient actuellement 21,95 % des parts, derrière Daniel Křetínský (28,28 %). L’entrée du géant asiatique dans la distribution française inquiète autant qu’elle intrigue : Paris, prudent dans un contexte de rivalité sino-américaine et de montée du protectionnisme économique, a immédiatement déclenché la procédure de contrôle des investissements étrangers en France.
Le ministère de l’Économie a rappelé qu’il serait « extrêmement attentif » au maintien de la production des biens français commercialisés par Fnac Darty sur le territoire national.
Derrière cette opération industrielle se cache une stratégie globale : ouvrir des débouchés naturels aux produits chinois sur le marché européen, tout en consolidant l’influence logistique et commerciale de la Chine. JD.com, fort de 158,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2024 et de 580 millions de clients actifs, cherche à bâtir une alternative à Amazon en Europe, notamment grâce à une maîtrise complète de la chaîne logistique.
La société déploie une infrastructure logistique puissante en France : 60 000 m² d’entrepôts à Tournan-en-Brie (Seine-et-Marne), 12 000 m² supplémentaires dans la Somme, et le lancement discret d’une plateforme “Joybuy”, concurrente d’Amazon, déjà accessible en version test.
JD.com recrute massivement en France (graphistes, juristes, directeurs de catégories, responsables logistiques et communication) et prévoit de proposer livraison express, abonnements et prix exclusifs, sur un modèle proche d’Amazon Prime.
JD.com connaît déjà la France : le groupe s’y était implanté en 2018, ouvrant des bureaux avenue George-V à Paris, avec l’ambition de vendre 2 milliards d’euros de produits français en Chine. Le projet, soutenu à l’époque par le gouvernement Macron, visait à concurrencer Alibaba et à séduire les marques de luxe et les grands distributeurs français.
Mais la montée des tensions commerciales entre Washington et Pékin, l’arrestation de son fondateur Richard Liu aux États-Unis et la politique de repli imposée par le pouvoir chinois ont mis fin à cette première aventure en 2019.
Le contexte est aujourd’hui différent : la Chine, confrontée à un ralentissement interne, cherche à relocaliser son influence commerciale en Europe. JD.com, fort de son expérience logistique et technologique, avance cette fois plus discrètement, tout en s’assurant des positions capitalistiques solides.
Pour la France, le rachat indirect de Fnac Darty par un groupe chinois soulève des questions de souveraineté économique, culturelle et technologique. Fnac Darty est à la fois un acteur stratégique de la distribution culturelle (livres, musique, électronique grand public) et un symbole du commerce de proximité français.
Le ministère de l’Économie redoute une délocalisation progressive de la production d’appareils électroménagers français et une dépendance accrue aux produits asiatiques. Par ailleurs, l’arrivée simultanée de Shein, Temu et JD.combouleverse le paysage de l’e-commerce français, déjà dominé par Amazon, Cdiscount et Veepee.
Sur le plan européen, le dossier Ceconomy-JD.com représente un test : Bruxelles et Berlin doivent arbitrer entre ouverture du marché et protection des intérêts stratégiques. JD.com, qui contrôle déjà les chaînes logistiques d’une partie de l’Asie du Sud-Est, pourrait à terme disposer d’un réseau intégré de distribution de produits chinois à l’échelle du continent.
L’offensive de JD.com illustre la nouvelle phase de la mondialisation chinoise : moins fondée sur les investissements spectaculaires (vignobles, hôtels, clubs de football), et davantage sur la prise de contrôle progressive des circuits de distribution en Europe.
En entrant dans Fnac Darty, le groupe ne chercherait pas seulement un actif rentable, mais un canal d’influence culturelle et commerciale, capable d’ouvrir l’accès du marché européen aux marques et technologies chinoises.
À l’heure où Shein affronte la justice française et où Temu tisse des accords logistiques avec La Poste, l’arrivée de JD.com confirme que la bataille du commerce mondial se joue désormais sur le terrain européen — dans les rayons, les entrepôts et les plateformes numériques.
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