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vendredi 7 novembre 2025

L'Albanie nomme un ministre virtuel IA pour séduire l'Europe JBCH N° 603

L’Albanie, l’intelligence artificielle et la voie vers l’Union européenne


Le Premier ministre albanais Edi Rama mise sur une stratégie audacieuse : confier à une ministre de l’intelligence artificielle et à un avatar virtuel nommé « Diella » la mission d’accélérer l’intégration de son pays à l’Union européenne. L’objectif est clair : faire de la technologie un levier de modernisation administrative, de transparence et de lutte contre la corruption, fléau historique des Balkans.




L’initiative est symbolique : Diella, qui signifie « soleil » en albanais, représente une administration numérique, neutre et incorruptible. En un sens, l’IA devient ici le garant d’un État rationnel et efficace — condition essentielle exigée par Bruxelles. Le rapporteur européen Andreas Schieder souligne que la numérisation des marchés publics et la modernisation de l’administration renforcent la confiance des investisseurs et pourraient permettre de clôturer les négociations d’adhésion dès 2027.


Mais derrière cet enthousiasme technologique, plusieurs enjeux se profilent. Pour l’Union européenne, l’entrée de l’Albanie, pays à majorité musulmane mais historiquement laïque présente une valeur stratégique. Elle consolide la stabilité des Balkans occidentaux, limite l’influence de la Turquie, de la Russie et de la Chine, et prouve que l’UE reste ouverte à des États à identité religieuse mixte mais démocratique. C’est un signal fort d’intégration et de tolérance, dans une région longtemps fracturée.



Sur le plan international, les relations entre l’Albanie et Israël sont solides et singulières. Pendant la Shoah, l’Albanie fut le seul pays d’Europe occupée où la population juive augmenta : les Albanais, musulmans et chrétiens, protégèrent leurs voisins juifs au nom du besa, code d’honneur national. 


Depuis la fin du communisme, les deux pays entretiennent une coopération économique et sécuritaire croissante, notamment dans la cybersécurité, la formation policière et la technologie numérique. Israël a salué la création du poste de ministre de l’IA, un domaine dans lequel les deux États ont intérêt à collaborer.





Ainsi, la nomination d’une ministre de l’intelligence artificielle en Albanie n’est pas qu’un geste technologique : elle symbolise une mutation politique et culturelle. En s’appuyant sur la transparence numérique, Tirana veut prouver à Bruxelles que son modèle,  bien qu’ancré dans une société majoritairement musulmane est profondément européen, pluraliste et moderne. 


Si le pari d’Edi Rama réussit, l’Albanie pourrait devenir non seulement un modèle d’intégration régionale, mais aussi un pont entre l’Europe et le monde méditerranéen, au service d’un futur européen élargi et technologiquement souverain.




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