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mardi 18 novembre 2025

La perséverance du Hamas, Blog de Dov Zerah. JBCH N° 645

 
LA PERSÉVÉRANCE DU HAMAS
 
Bonsoir
Merci
 
Atlantico : Malgré les pressions internationales et le plan américain visant à organiser une transition politique à Gaza, le Hamas semble parvenir à se réimplanter progressivement comme une autorité de facto sur le terrain. Il comble le vide institutionnel qui a suivi le conflit et le blocage du plan Trump. L’organisation terroriste reprend ainsi le contrôle administratif, sécuritaire, mais aussi une partie de l’économie de Gaza. Selon vous, est-il vraiment possible d’écarter le Hamas du pouvoir dans la bande de Gaza ?
 
Dov Zerah : Oui, bien évidemment, mais pour passer à la seconde phase, comme le prévoit le plan Trump, le Hamas doit enfin accomplir la restitution des trois dernières dépouilles. Après la seconde phase du plan pourra s’accomplir, et celle-ci débute avec le désarmement du Hamas.
C’est l’enjeu déterminant des prochains jours. Et la question fondamentale est de savoir qui va procéder à ce désarmement ? Le succès du plan Trump repose sur cette condition.
En attendant, reprenant une expression footballistique, le Hamas « joue la montre ». Alors qu’il devait immédiatement rendre tous les otages vivants et les dépouilles dès l’instauration du cessez le feu le 10 octobre 2025, il essaye de gagner du temps pour se reconstituer. Dans cette quête du temps, le Hamas n’a pas hésité à transmettre une dépouille qui ne correspondait à aucun otage !
 
Atlantico : Est-ce que le temps joue en faveur de l’enracinement du Hamas, rendant de facto impossible la transition voulue par les États-Unis et Israël ?
 
DZ : Oui et non
Oui, pour reconstituer ses forces largement décimées, le Hamas aurait recruté 10 à 15 000 jeunes chômeurs, mais n’a pas encore recouvré la force militaire du 6 octobre 2023. Les capacités d’emploi et sources de revenus sont très limitées, surtout avec l’absence de permis de travail israéliens. Aussi, les offres du Hamas ne peuvent pas être refusées. En puisant dans des réserves liquides, le Hamas verse à chaque personne un salaire mensuel de 1.500 shekels (400 €).
 
Ces personnels essaient de détourner l’aide alimentaire, de contrôler les marchandises qui rentrent dans la bande, de superviser le prix de produits comme le poulet, de lever des taxes sur des produits comme l'essence ou les cigarettes, d’imposer des amendes aux marchands jugés coupables de pratiquer des prix trop élevés …
 
Parallèlement, le Hamas a tué des dizaines de Palestiniens accusés de collaboration avec l'Etat hébreu, de vols ou de divers autres crimes ; il a aussi engagé le fer avec les 4 autres milices présentes sur le terrain et favorables à Israël, mais il a eu des pertes humaines importantes.
 
Les responsables hamassiens nient et déclarent mener uniquement des missions humanitaires et administratives urgentes. Ils répètent vouloir transmettre le pouvoir à un nouvel exécutif technocratique, et éviter le chaos ; « Notre objectif est que la transition se déroule en douceur. »
 
Non, car l’heure de vérité approche. Tout repose sur le désarmement du Hamas.
 
En cours e constitution, la force internationale de stabilisation (FIS) ne sera pas en mesure de désarmer le Hamas, comme on l’a vu et on le voit encore aujourd’hui au Liban avec la FINUL. C’est là tout le problème. L’échec de la FINUL, l’absence de volonté du gouvernement libanais de désarmer le Hezbollah, l’échec du cessez-le-feu rendent très probable une nouvelle intervention israélienne contre le Hezbollah.
 
Si cette FIS était impliquée dans le désarmement du Hamas, il conviendrait de finaliser sa composition, déterminer ses règles d’intervention, fixer sa localisation, et ses capacités de mouvement dans les 47 % de la bande non occupée par Tsahal, au-delà de « la ligne jaune » … Mais, à ce jour, il n’y a pas un pays qui se porte volontaire dans une mission du désarmement.
 
Alors, qui est réellement en mesure de le faire ? Les seuls capables de le faire sont Israël et les États-Unis, Israël avec ou sans l’appui américain, mais nécessairement avec leur accord.
 
Atlantico : Quelle est la position du gouvernement israélien ?
 
DZ : Pour le moment, Israël n’a pas intérêt à reprendre les opérations malgré les nombreuses et quotidiennes violations du cessez le feu, notamment par des attaques incessantes de terroristes cherchant à prendre des soldats en otage.
L’armée israélienne s’attache à nettoyer les 53 % qu’elle contrôle. Jour après jour, des tunnels sont détruits, des opérations de déminage conduites, des stocks de matériels neutralisés…
Après deux ans de guerre, Israël découvre encore des tunnels, certains en très grande profondeur. La fin de toute communication avec les parties de tunnel situés du côté des 47 % a entrainé le blocage de 150 à 200 terroristes qui ne se seraient pas échappés avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Aujourd’hui, ils sont piégés et des discussions sont en cours à leur sujet.
 
Si Israël se trouvait dans l’obligation de reprendre la guerre, elle commencerait probablement par le Nord et le Hezbollah, car le risque du Hamas, nonobstant ses gesticulations est sous contrôle.
 
L’État juif n’est pas pressé car il a besoin de respirer après deux ans de guerre, d’enterrer ses morts (l’enterrement d’Hadar Goldin a mobilisé des dizaines de milliers de personnes), de mener l’enquête sur l’affaire du montage vidéo du centre de détention de Sde Teiman, de gérer la controverse sur la fermeture de la radio de l’armée, Galei Tsahal, de trouver une solution au recours à la peine de mort pour certains terroristes, de préparer les élections législatives …
 
Israël n’a aucun intérêt à engager une intervention pour désarmer les 47 % restants. Jérusalem laisse toute sa chance au plan Trump. Lorsque le Président américain aura intégré les mensonges du Hamas, voire de certains de ses parrains, et le refus de désarmer, alors il ne pourra que donner carte blanche à Tsahal pour faire « l’indispensable mais sale job » !
On se trouve donc dans un timing lent. Le temps des espoirs liés au prix Nobel de la paix est dépassé ; nous sommes désormais confrontés à l’« Orient compliqué », comme disait le général de Gaulle.
 
Certes, entretemps, le Hamas s’organise, se réorganise, mais Israël le surveille, s’informe et se prépare. Dans cette future phase qui s’annonce, Israël pourra agir sans « l’épée de Damoclès » des otages ! Tsahal prendrait moins de précaution.
Ne sous estimons que parallèlement, dans les 53 % sous contrôle israélien, quatre petits groupes de Palestiniens qui s'opposent au Hamas sont parvenus à s'implanter et pourraient constituer une police alternative à celle du Hamas. Le temps est nécessaire pour leur consolidation.
 
En tout état de cause, si le Hamas n’est pas désarmé, la seconde phase a peu de chance de s’appliquer et on risque de se retrouver dans une situation comparable à Chypre, à savoir le partage de facto de la bande. Le gel de la situation sur une partition est un scénario prévisible.
 
Atlantico : En parallèle, les négociations sur la transition politique piétinent. Sans percée diplomatique, cette partition des influences au sein de Gaza — notamment celle du Hamas — risque-t-elle de devenir permanente si le calendrier n’est pas accéléré ?
 
DZ : Ce n’est pas exclu. Mais le calendrier ne peut être accéléré tant que le préalable du désarmement du Hamas n’est pas réglé. Toute discussion sur la future gouvernance de Gaza relève du vœu pieux.
 
L'Autorité palestinienne est complètement discréditée par l'absence d'élections, une corruption généralisée et orchestrée par le fils de Mahmoud Abbas et un leadership défaillant. Les deux occasions manquées avec en 2000 le refus d’Arafat « des paramètres Clinton », et en 2007 le rejet de Mahmoud Abbas des généreuses propositions d'Ehud Olmert, ont signé la mort des accords d'Oslo.
Depuis, le divorce entre Jérusalem et Ramallah n’a cessé de s’accentuer avec les nombreuses manifestations révisionnistes de Mahmoud Abbas, les récompenses financières accordées aux familles de terroristes, les livres scolaires prônant la haine des Juifs et d’Israël… La légitimité de l’Autorité palestinienne n’a cessé de s’effriter au point que Mahmoud Abbas n’a jamais voulu se représenter devant les urnes.
Le pogrom du 7 octobre, a disqualifié le Hamas, malgré ses rodomontades.
La faillite du leadership palestinien, qu’elle soit d’essence nationaliste ou d’inspiration religieuse, complique la mise en place d’une gouvernance à Gaza.
 
Depuis peu, Mahmoud Abbas a annoncé une révision constitutionnelle et un successeur dont l’absence de légitimité permettra à son fils de poursuivre ses affaires.
Mahmoud Abbas a prévu d’organiser « des élections présidentielle et législatives libres » dans l’ensemble des territoires palestiniens un an après le déploiement de la deuxième phase. Mais que fera la communauté internationale si le Hamas gagnait ces élections ?
Mahmoud Abbas s’est engagé à ne plus verser d’allocations aux familles des terroristes tués. Certes, ce ne serait plus l’Autorité elle-même qui le fait directement, mais elle continuerait à le faire par le truchement d’une organisation caritative.
À ce stade, rien n’est prévu pour la modification du système scolaire et plus particulièrement des livres.
 
Atlantico : quelle place peuvent occuper les pays de la région, comme la Turquie ou le Qatar, dans ces négociations et ces avancées ? Et quelle place devraient-ils occuper ?
 
DZ : Il est vraisemblable qu’Israël n’acceptera pas, même sous forte pression américaine, que la Turquie et le Qatar soient présents sur place. Ce sont des pays frères musulmans, qui ont aidé et financé le Hamas. Israël ne laissera donc ni Turcs ni Qataris intervenir sur le terrain.
Dans le même temps, compte tenu des velléités d’Ankara de prendre la place de Moscou en Syrie, il ne serait pas opportun de créer une seconde zone de tensions avec Jérusalem, quelles que soient les perspectives des négociations en cours entre les deux pays.
Le rétablissement de relations commerciales intéresse la Turquie qui est en train de prendre la mesure des pertes annuelles de plusieurs milliards de dollars avec l’arrêt du tourisme israélien et des exportations agricoles. Pour le consommateur israélien, l’absence des produits agricoles turcs a renchéri les paix.
 
En revanche, d’autres pays pourraient jouer un rôle, au premier rang desquels L’Égypte. Le Caire semble prêt à prendre le leadership de cette FIS. Cela se justifie pour plusieurs raisons : 
  • Le souci égyptien de contrôler la présence et les actions des mouvements terroristes dans la péninsule du Sinaï
  • L’opposition irréductible entre le Président Al Sissi et les fréristes
  • Le blocage de la frontière par le Caire
  • L’implication du fils du président égyptien dans les différents trafics de contrebande avec Gaza.
Le Caire fournirait le plus gros contingent à cette force qui pourrait compter jusqu’à 20 000 soldats.
N’oublions pas que l’Égypte avait annexé Gaza après la guerre de 1948-49, et géré la bande pendant près de 20 ans, jusqu’en 1967.
 
Au-delà des États-Unis, il est question de pays comme l’Indonésie, candidat aux Accords d’Abraham ou l’Azerbaïdjan qui n’a pas rejoint ces Accords nonobstant les excellentes relations entre Bakou et Jérusalem.
 
Enfin, la participation des Émirats arabes unis (EAU) et/ou de l’Arabie saoudite sera déterminante pour la crédibilité de cette force.
On en saura plus lors de la prochaine discussion sur la résolution relative au plan Trump présentée lundi au Conseil de sécurité de l’ONU. Il n’est pas exclu qu’il y ait une formule sur un futur État palestinien. Cela permettrait peut-être à certains pays comme l’Arabie saoudite de rejoindre les Accords d’Abraham … Mais, au-delà de la formule, le futur sera conditionné par la situation sur le terrain et tout d’abord par le désarmement du Hamas !
 
Dov ZERAH
DHAREZ
 

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