Camille Erlanger, compositeur juif français méconnu est décrit par Jacques Tchamkerten, musicologue suisse, auteur de monographies sur Honegger, Bloch ou Jaques-Dalcroze, et qui signe sur le site de l’Institut Européen des Musiques Juives (IEMJ), et réssuscite avec précision et passion Camille Erlanger (1863-1919), l’un de ces compositeurs d’opéras de la Belle Époque relégués dans l’oubli collectif.
Erlanger mérite une place « non négligeable » au répertoire, au même titre que Bruneau, Leroux ou Hüe. Erlanger est un artisan maîtrisant l’écriture dramatique, mais dont la postérité fut brève : juif alsacien, cette précision n’est pas anecdotique ; elle prépare le terrain à l’antisémitisme latent qui gangréna la réception de certaines œuvres, notamment La Sorcière en 1912, où des critiques virent dans la représentation de l’Inquisition une attaque voilée.
Camille Erlanger naît le 25 Mai 1863; il est le fils de Joseph Erlanger, fleuriste, juif non pratiquant, et Babette Erlanger. Au Conservatoire, il suit les cours de Léo Delibes, et, en 1888, il remporte le premier Grand Prix de Rome avec sa cantate Vélleda
Le , il épouse à Paris (8e arrondissement) Irène Hillel-Manoach (1878-1920) qui appartient à la famille Camondo. Le couple a un fils le , le futur historien Philippe Erlanger .
Il est donc Prix de Rome 1888 (Velléda, devant Dukas). Suivent les envois de Rome : Saint-Julien l’hospitalier (1895), révélateur d’une « ferveur wagnérienne » déjà sensible dans les hardiesses harmoniques. Il a une trajectoire fulgurante : Kermaria (1897, échec relatif), puis Le Juif polonais (1900), succès durable jusqu’aux années 1930, naturaliste à la Bruneau, repris jusqu’à Vienne par Mahler en 1906.
Le cœur du texte catalogue les opéras avec une acuité dramaturgique rare. Le Fils de l’Étoile (1904, Garnier) est une fresque épico-wagnérienne sur le soulèvement hébreu contre Hadrien : livret opaque de Catulle Mendès, succès d’estime.
Aphrodite (1906), adaptation érotique de Pierre Louÿs avec Mary Garden, triomphe grâce au scandale, au faste et à la musique : motifs conducteurs personnels, hybridité annonçant le modernisme (citation de Leslie Wright). Viennent Bacchus triomphant (1909), L’Aube rouge (1911, anarchistes russes), La Sorcière (1912, violence inquisitoriale, Marthe Chenal monstre sacré), puis les inachevés Hannele Mattern (créé 1950 à Strasbourg, indifférence) et Forfaiture (1921, première adaptation d’un film à l’opéra).
L’oubli ? Mort précoce (1919), guerres, révolutions esthétiques des Années folles, antisémitisme (L’Action française moqua sa judéité), interdiction de monter Hauptmann pendant 14-18. Seules quelques mélodies et pages symphoniques subsistent, plus une musique de film patriotique (1919).
Depuis 2023, Guillaume Tourniaire exhume : L’Aube rouge à Wexford, La Sorcière à Genève . Notre époque, moins prisonnière des querelles passéistes, saura entendre la force expressive et l’originalité d’Erlanger.
Il nous faut réhabiliter ce wagnérien juif français, trop longtemps relégué au rayon des curiosités. Erlanger un grand musicien à redécouvrir !
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