L’interview de Benyamin Netanyahou, révélant sa volonté de rendre Israël largement indépendant des fabricants d’armes américains, marque une rupture stratégique majeure. Depuis des décennies, l’État hébreu repose sur un partenariat militaire profond avec Washington : transferts technologiques, munitions, avions de combat, et systèmes d’armement de pointe.
Cette dépendance n’a jamais été totale Israël est l’un des pays les plus innovants du monde mais les limites imposées par l’administration Biden, puis par d’autres alliés comme l’Allemagne, l’Espagne ou le Canada, ont servi d’électrochoc. Pour Netanyahou, la leçon est claire : aucun pays, même allié, ne peut être une source d’approvisionnement totalement fiable en temps de guerre.
Cette ambition d’autonomie n’est pas nouvelle. Elle rappelle l’épisode du Lavi, l’avion de combat israélien de quatrième génération, annulé en 1987 sous pression directe des États-Unis, qui craignaient de voir Tel-Aviv devenir un concurrent industriel.
Cet abandon forcé a laissé dans la mémoire stratégique israélienne une blessure durable : l’idée qu’une dépendance excessive envers Washington peut limiter la souveraineté militaire du pays. Depuis, Israël a développé des géants industriels comme Elbit et Rafael, mais n’a jamais retrouvé la capacité de produire entièrement ses propres avions de chasse.
Netanyahou veut précisément corriger cette faiblesse. Son projet consiste à établir des chaînes de production nationales pour les munitions aériennes, terrestres et navales, afin de remplacer les stocks américains tels que les bombes MK-84 ou les kits de guidage JDAM dont l’exportation a été restreinte. Le nouveau “Munitions Directorate” illustre cette volonté d’organiser, sur dix ans, une autonomie partielle, voire totale.
Mais l’équation est plus large. Produire des armes, oui. Produire des avions, beaucoup plus complexe. Israël pourrait chercher des partenariats extérieurs qui ne le menacent pas, notamment avec l’Inde, dont le programme aéronautique indigène (comme le Tejas) a subi des revers dont le prototype récemment écrasé à Dubaï.
Une coopération israélo-indienne déjà intense dans les drones, les radars et les missiles pourrait ouvrir la voie à un appareil co-développé, partageant coûts, technologies et marchés. L’Inde y gagnerait une expertise et une fiabilité qu’elle peine à atteindre seule ; Israël retrouverait une liberté aéronautique qu’il n’a plus depuis le Lavi.
Pour Washington, cette autonomie accrue ne sera pas accueillie avec enthousiasme. Les États-Unis craignent à la fois la perte d’influence stratégique et l’émergence d’un concurrent industriel.
Mais du point de vue israélien, l’expérience des guerres récentes a montré que la survie nationale exige une capacité à combattre même lorsque les alliés hésitent. C’est cette logique de “peace through strength” que Netanyahou invoque : une paix durable ne peut reposer que sur une indépendance militaire réelle.
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