“Je me souviens exactement de l’endroit où j’étais vendredi 13 novembre 2015.” Cette phrase nous l’avons entendue des dizaines de fois, et nous l’entendons encore. Mais pour combien de temps ? Quelques mois après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, celui du Bataclan - qui a aussi frappé le Stade de France, le Carillon, le Petit Cambodge - finissait d’inscrire le terrorisme islamiste dans le paysage français. 132 morts, près de 500 blessés, et combien de traumatismes encore vivaces… Dix ans après, c’est la question de la mémoire qui se pose. Non pas celle des victimes, dont la vie a été à jamais bouleversée, mais celle de la mémoire collective, de la mémoire nationale. Car faire vivre une mémoire dans un environnement qui lui est hostile, qui fragmente, divise, stigmatise et tue parfois, est extrêmement difficile. C’est pourtant la moindre des choses que nous devons aux victimes. Les séries télévisées, les articles de presse, les reportages, les témoignages sont autant d’aides à la mémoire, mais ils ne font guère le poids face au relativisme, aux justifications et aux débats détournés. La mémoire collective se heurte aux enjeux géopolitiques et à la crise du modèle républicain. Et c’est exactement ce que recherche le terrorisme islamiste : terrifier bien sûr, mais aussi diviser et radicaliser. Aux États-Unis, 100 millions de jeunes américains n’étaient pas nés le 11 septembre 2001, et sont tout juste au courant que 2 753 personnes sont mortes ce jour-là. Les attentats du World Trade Center, dans certains États, sont réduits à quelques lignes dans les livres d’histoire. Lorsque l’oubli collectif devient inévitable, la transmission devient essentielle, obligatoire. 11.09, 11.03, 7.01, 9.01, 13.11, 14.07, 16.10, 13.10, 7.10. Il faut se souvenir, encore plus que ne pas oublier. |
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