Le Nil, le Dieu Nil : Fleuve Vital et Source de Tensions Géopolitiques
Le Nil, souvent divinisé dans l’Antiquité égyptienne comme Hapi, le dieu de la crue et de la fertilité, reste un axe indispensable pour l’Afrique du Nord-Est. Long de 6 671 km, il draine un bassin versant de 2,8 millions de km² cinq fois la France – partagé entre dix pays : Égypte, Soudan, Éthiopie, Soudan du Sud, Ouganda, Kenya, Tanzanie, Rwanda, Burundi et République démocratique du Congo .
Essentiel pour plus de 300 millions d’habitants en 2025, il fournit 90 % de l’eau douce égyptienne, irrigue 95 % de ses terres arables et soutient l’industrie et l’énergie. Mais sa rareté en zone aride – moins de 200 mm de pluie par an au sud de Khartoum – en fait un enjeu de survie.
L’Éthiopie, fournissant 86 % du débit via le Nil Bleu, a inauguré en septembre 2025 le Grand Barrage de la Renaissance Éthiopienne (GERD), un projet pharaonique de 5 150 MW doublant sa production électrique .
Pour l’Égypte (118 millions d’habitants en 2025 ) et le Soudan (47 millions), c’est un casus belli potentiel, exacerbant des tensions millénaires. Plus au sud, le Nil Blanc, issu des Grands Lacs, complète le puzzle hydrique. Ce texte compile l’analyse historique et géographique du Nil, ses enjeux pour l’Égypte, l’exploitation amont et les perspectives de coopération, actualisée au 21 novembre 2025.
Un Fleuve dans le Désert : Géographie et Apports Hydriques La vallée du Nil serpente à travers des déserts impitoyables, où l’isohyète des 200 mm/an barre le Soudan d’est en ouest, passant par Khartoum. Au-dessus, les précipitations sont inférieures à cette limite critique ; en revanche, des zones humides contrastent : plus de 1 000 mm/an dans le sud-est du Soudan, les montagnes éthiopiennes et la région des Grands Lacs (Ouganda, Tanzanie, Rwanda, Burundi) .
Ces pluies, concentrées de juin à septembre, alimentent le fleuve, dont le débit moyen à Assouan est de 84 milliards de m³/an. Comparé à la France (600-2 000 mm/an), le Nil est un miracle aride.
Le fleuve se divise en deux branches principales :
le Nil Blanc (long de 3 700 km, 14 % du débit) naît dans les Grands Lacs d’Afrique centrale. Sa source la plus lointaine est le fleuve Kagera au Rwanda, affluent du lac Victoria (Ouganda-Tanzanie-Kenya), puis il traverse l’Ouganda, le Soudan du Sud et le Soudan via le marécage du Sudd, où l’évaporation avale jusqu’à 50 % de son eau
Le Nil Bleu (1 450 km, 59 % du débit), plus court mais dominant, jaillit du lac Tana en Éthiopie (altitude 1 830 m), traverse les hauts plateaux éthiopiens et rejoint le Nil Blanc à Khartoum . Ses affluents (Sobat 14 %, Atbara 13 %) ajoutent 86 % du total éthiopien. Au total, 90 millions de personnes en 1998 vivaient le long du fleuve ; en 2025, ce chiffre avoisine les 200 millions, avec 118 millions en Égypte et 47 millions au Soudan du Nord, à un taux de croissance de 1,94 % et 2,33 % respectivement (contre 0,49 % en France) .
Cette dépendance démographique est critique : 95 % de la population égyptienne vit sur 4 % du territoire, confiné à la vallée nilotique. Le fleuve irrigue 3 millions d’hectares, produit 80 % de l’hydroélectricité soudanaise et soutient l’industrie égyptienne. Mais l’évaporation (10 milliards de m³/an) et la salinité croissante menacent la fertilité des sols, autrefois enrichis par les limons des crues.
Le Nil, Fleuve Vital pour l’Égypte : Histoire et Défis Actuels : Depuis l’Antiquité, le Nil rythme la vie égyptienne : ses crues estivales déposaient des limons fertilisants, permettant deux récoltes annuelles. Divinisé comme Hapi, il symbolisait la prospérité ; Hérodote le qualifiait de “don du Nil”.
Post-Seconde Guerre mondiale, l’Égypte modernise son exploitation. Le Haut-Barrage d’Assouan (1956-1971, sous Nasser) est emblématique : 162 milliards de m³ de retenue (90 milliards utiles après évaporation), il régularise les crues, produit 10 000 MW et irrigue 800 000 ha . Financé par l’URSS après refus américain, il répond à l’indépendance soudanaise (1956) et à la politique d’industrialisation par substitution aux importations.
Pourtant, ses effets pervers émergent : blocage des limons oblige à des engrais chimiques; salinisation des sols en aval ; évaporation accrue dans le lac Nasser. En 2025, la disponibilité hydrique égyptienne chute à 337 m³/hab (contre 3 300 en France).
Solutions en cours : projets pharaoniques comme le canal de Toshka (200 000 ha dans le désert occidental) et le canal de la Paix (250 000 ha au Sinaï), pompant l’eau du lac Nasser. Exploitation de la nappe fossile nubienne (500 milliards de m³), non renouvelable, risque l’épuisement en 20 ans.
Autre axe : rationaliser la demande via l’irrigation goutte-à-goutte (couvrant 20 % des terres en 2025), ingénierie venant discrètement d'Israël
L’Exploitation Croissante par les Pays Amont : Soudan, Éthiopie et Grands Lacs. Longtemps, l’Égypte ignorait l’amont, percevant le Nil comme un “miracle du désert”. Les Britanniques imposent l’accord de 1929 (Égypte : veto sur les projets amont), suivi du traité égypto-soudanais de 1959 ignorant les 86 % éthiopiens.
Au Soudan, barrages dès 1959 (Roseires, Khashm el-Girba) irriguent la plaine de Gezira (coton, blé).
L’Éthiopie, peu exploitée (0,3 % en 1998), accélère post-Mengistu (1991) et guerre érythréenne (2000). Population : 126 millions en 2025, 60 % sans électricité, sécheresses récurrentes. Addis Abbeba rejette 1959 et le “statut international” du Nil (non navigable intégralement), revendiquant souveraineté sur ses eaux.
Le GERD (2011-2025, 5 milliards $, financé domestiquement : Remplissage échelonné (2020-2024) sans accord contraignant ; Égypte dénonce une “menace existentielle”, et le Soudan des inondations potentielles.
En 2025, UE et USA poussent un “plan Mattei” italien pour impliquer l’Italie dans des projets africains, incluant GERD . L’IBN facilite échanges : modélisation climatique, gestion sédiments (GERD piège 100 ans de vase, protégeant Assouan) .
Vers une Gouvernance Partagée du “Dieu Nil”. Le Nil, vital pour l’Égypte et ses 118 millions d’âmes, transcende les frontières : 86 % de son eau éthiopienne irrigue le delta, mais le GERD – symbole d’autonomie africaine – bouleverse l’équilibre.
Sans accord contraignant en novembre 2025, les tensions persistent : Égypte invoque “acquis historiques”, Éthiopie l'“équité souveraine”, le Soudan stabilité.
Pourtant, le GERD offre régulation des crues et énergie régionale (export vers Égypte/Soudan), aligné sur la Convention 1997. L’IBN et CFA esquissent une coopération : partage technique, modélisation climatique (sécheresses +20 % d’ici 2050).
Pour le “Dieu Nil”, un règlement négocié – “give and take” – est impératif : commissions permanentes, arbitrage ONU, investissements verts (irrigation économe).
Sans cela, le fleuve nourricier risque de devenir source de conflit, appauvrissant les 300 millions dépendants. Comme en 2015, un nouveau Khartoum pourrait transformer la rivalité en alliance, honorant l’héritage millénaire d’Hapi.
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