Merci Vanessa Herschelevich de m'avoir éveillé, voire réveillé sur tous ces textes post Torah, parce que contrairement au Coran, rien n'est fixé dans la religion juive, on peut améliorer, commenter, les textes, et même d'avoir "l'outrecuidance" d'interroger D.
La révélation sinaïtique constitue le point d’origine absolu. Sur le mont Sinaï, Moïse reçoit à la fois la Torah écrite – le Ḥoumach ou Pentateuque, composé des cinq livres :
Béréchit (Genèse), Chémot (Exode), Vayikra (Lévitique), Bamidbar (Nombres), Dévarim (Deutéronome)
Et la Torah orale, qui est un ensemble d’explications et d’applications destinées à être transmises de bouche à oreille.
Cette chaîne ininterrompue passe d’abord par Josué, puis par les Anciens, les Prophètes et enfin les Hommes de la Grande Assemblée (Anshei Knesset ha-Gedola). Cette institution, qui exista approximativement entre 445 et 300 avant l’ère commune, fut la première autorité rabbinique collective après le retour de Babylone.
Elle comptait, selon la tradition, cent vingt membres, parmi lesquels les derniers prophètes (Aggée, Zacharie, Malachie), Ezra le Scribe, Néhémie, Daniel, Hanania, Michaël et Azaria, Mordekhaï, Zorobabel et bien d’autres sages. C’est elle qui fixa définitivement le texte de la Bible hébraïque (elle ajouta les derniers livres : Esther, Daniel, Ezra-Néhémie), institua les bénédictions du Chemoné Esré, le Kiddouch et la Havdala, les prières de Rosh Hashana et Yom Kippour, et posa les fondations de la liturgie synagogale. Elle marqua le passage du temps prophétique au temps des Sages : la prophétie s’éteignit avec elle, mais la Torah orale fut désormais transmise de façon organisée.
Le scribe Ezra et Néhémie furent les deux colonnes de ce retour. En 538 avant l’ère commune, Cyrus le Grand autorise le premier retour. Zorobabel et Yehoshoua ben Yehotsadak rebâtissent le Temple (achevé en 516). Mais c’est Ezra, arrivant vers 458 sous Artaxerxès Ier, qui donne à la communauté sa forme spirituelle définitive : il lit la Torah publiquement sur la place, du matin au midi, le jour de Souccot, et le peuple pleure en entendant les paroles oubliées (Néhémie 8).
Il impose la séparation des femmes étrangères et fait jurer fidélité à la Loi. Néhémie, gouverneur en 445, rebâtit les murailles en cinquante-deux jours malgré les attaques de Sanballat le Horonite, Tobia l’Ammonite et Guéshem l’Arabe – les chefs samaritains qui, interdits dans la reconstruction du Temple, deviennent les ennemis jurés du judaïsme jérusalémite. Cette hostilité samaritaine, née du rejet de leur offre d’aide (« Nous cherchons votre Dieu comme vous » – Ezra 4:2), creuse un schisme qui durera deux millénaires.
À partir du IIIe siècle avant l’ère commune apparaît Simon le Juste, dernier membre connu de la Grande Assemblée et premier des Sages proprement dits. Suivent les « paires » de maîtres, les Zougot, dont la plus célèbre reste Hillel et Chammaï.
Avec la destruction du Second Temple en 70 s’ouvre l’ère des Tannaïm, les « répétiteurs ». Rabbi Akiva, martyr en 135, Rabbi Meïr, Rabbi Yehouda ha-Nassi… C’est ce dernier qui, vers l’an 200, voyant le peuple dispersé et la mémoire menacée, décide de transgresser l’interdit ancestral et de mettre par écrit la Torah orale. Il rédige la Michna, premier corpus écrit de la Loi orale. Écrite en hébreu michnaïque, clair et rythmé, elle est divisée en six ordres (Chicha Sédarim) :
Zéraïm, Moëd, Nachim, Nézikin (où se trouvent les Pirké Avot), Kodachim, Tohorot – soixante-trois traités au total.
L’époque suivante est celle des Amoraïm. De 220 à environ 500, dans les académies de Terre d’Israël (Tibériade, Lod, Sepphoris, Césarée) et surtout de Babylonie (Soura, Poumbédita, Néhardéa, Mahoza), ils reprennent chaque mot de la Michna, le questionnent, le confrontent, le développent. Ces débats, ces récits, ces explications forment la Guémara.
• Le Talmud de Jérusalem (Yerushalmi) est clos vers 380-400 ; plus court, plus difficile, rédigé dans un araméen occidental.
• Le Talmud de Babylone (Bavli) est achevé vers 500-550 par Rav Achi et Ravina ; quatre fois plus long, plus narratif, plus développé. Il deviendra la référence absolue.
Michna + Guémara = Talmud. Le Talmud n’est jamais achevé : « La Torah n’est pas au ciel » (Deutéronome 30:12). L’épisode du four d’Akhnaï (Bava Metsia 59b) l’illustre magnifiquement : Rabbi Eliézer, pour prouver qu’un four est pur, fait pencher un caroubier, inverser le cours d’un ruisseau, reculer les murs de la yechiva, et une Voix célie du Ciel proclame : « Pourquoi vous opposez-vous à Rabbi Eliézer, la halakha est toujours conforme à son avis ! » Rabbi Yehoshoua se lève et répond : « Elle n’est pas au ciel ! » Dieu sourit et dit : « Mes enfants m’ont vaincu. »
Parallèlement coule le fleuve secret de la Kabbale, partie ésotérique de la même Torah orale. Dès le Sinaï, Moïse aurait reçu les mystères des sefirot et des noms divins. Le Sefer Yetsira (IIIe-VIe siècle) enseigne que Dieu créa le monde par les vingt-deux lettres et les dix sefirot.
Au XIIe-XIIIe siècle en Provence et Catalogne, Rabbi Isaac l’Aveugle, le Bahir, puis le Zohar (rédigé vers 1290 par Rabbi Moché de León et attribué à Rabbi Shimon bar Yo’haï) deviennent les livres saints de la mystique.
Après l’expulsion d’Espagne, Safed au XVIe siècle voit l’explosion lourianique : le Ari zal (Rabbi Isaac Louria) et Rabbi Haïm Vital enseignent le tsimtsoum, la brisure des vases, le tikkoun des étincelles.
La guematria est l’outil le plus connu de cette science cachée. Exemples classiques : Aḥava (amour) = 13 et Eḥad (Un) = 13 → l’amour est la voie vers l’Unicité divine. Soulam (échelle) dans le rêve de Jacob = Sinaï : l’échelle est le Sinaï. Le Tétragramme YHWH = 26 ; deux fois YHWH + Eḥad dans le Chema = 65 = Adonaï.
Ainsi, depuis le Sinaï, une seule Torah se déploie en deux visages : le visage révélé Michna, Talmud Yerushalmi et Bavli qui donne la halakha quotidienne ; le visage caché le Zohar, écrits lourianiques, guematria – qui donne le feu intérieur et le sens cosmique.
L’un étudie à voix haute le matin, l’autre murmure la nuit ou avant le repas de chabbat. L’un est le corps, l’autre l’âme. Et tous deux ne forment qu’un seul souffle.
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