Peut-être que le Ciel exhaussera mes voeux ... Que tous les tyrans dégagent ! Celui la, Frère musulman, et despote avéré est tenace ...
Après plus de vingt ans de règne quasi ininterrompu, Recep Tayyip Erdoğan voit son pouvoir vaciller. Le “Sultan”, naguère maître incontesté de la Turquie, affronte aujourd’hui une série de crises convergentes qui fissurent les fondations mêmes de son régime.
Longtemps porté par une croissance dynamique, une base conservatrice solide et une opposition fragmentée, Erdoğan avance désormais dans un paysage politique où chaque pilier semble se dérober.
Le premier choc est démographique. La Turquie enregistre un effondrement historique de sa natalité, tombée à 1,48 enfant par femme, loin du seuil de renouvellement.
Une génération entière de jeunes urbains, connectés, souvent diplômés, ne se reconnaît plus dans l’idéologie religieuse et autoritaire du président. La “décennie de la famille”, lancée pour encourager les naissances, apparaît comme un slogan déconnecté d’une réalité dominée par l’inflation, le chômage et le coût de la vie.
Car la crise économique est l’autre faille majeure. Malgré les promesses de réforme, la livre turque demeure fragile, les prix s’envolent, les classes moyennes s’essoufflent. Les files s’allongent pour des produits de base, et l’exode des jeunes diplômés s’accélère. La génération qui devait assurer la pérennité du système Erdoğan préfère partir en Europe ou au Qatar plutôt que de s’enraciner dans une Turquie où les perspectives s’obscurcissent.
À ces tensions s’ajoute un climat politique explosif. L’arrestation de figures de l’opposition, comme le maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, a provoqué une vague de manifestations d’une ampleur inédite depuis Gezi. Les images de foules massées à Kadıköy ou à Ankara ont révélé une colère sourde : celle d’une société qui n’accepte plus que l’appareil judiciaire soit utilisé comme une arme politique.
L’opposition, longtemps divisée, retrouve de la vigueur, portée par des candidats plus jeunes, plus urbains, plus crédibles.
Sur le plan régional, la Turquie se heurte à des frictions inattendues. À Chypre-Nord, traditionnel bastion pro-Ankara, une frange de responsables politiques s’affranchit désormais ouvertement de la ligne du président turc. Un signe supplémentaire que l’autorité d’Erdoğan n’est plus aussi incontestée qu’autrefois.
L’ensemble dessine un tableau inquiétant pour le pouvoir en place : faiblesse démographique, désillusion de la jeunesse, effondrement économique, répression contestée, isolements internes et externes. L’image du “sultan tout-puissant” s'effrite
Erdoğan conserve encore les leviers essentiels — médias, appareil sécuritaire, contrôle institutionnel — mais la dynamique n’est plus la sienne. Pour la première fois depuis deux décennies, l’hypothèse d’un déclin politique rapide n’apparaît plus comme un fantasme d’opposant, mais comme un scénario envisageable.
Le temps du “sultan” semble bel et bien toucher à sa fin.
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