J'ai vécu en Côte d'Ivoire, j'ai vu la façon dont ce pays avait geré le prix du cacao :
Le Président avait créé une caisse de compensation afin d'en réguler le cours.Ce qui a permis a une grande partie des ivoiriens avaient survécu aux crises internationales.
L’arrivée des Juifs séfarades chassés d’Espagne et du Portugal aux XVIᵉ–XVIIᵉ siècles a été décisive pour l’introduction du chocolat à Bayonne, notamment dans le quartier Saint-Esprit à Bayonne où ils s’installèrent.
Maîtres dans l’art de travailler le cacao, qu’ils avaient connu dans l’empire espagnol, ils furent les premiers en France à en maîtriser la torréfaction et la préparation.
Leur savoir-faire suscita rapidement une activité artisanale florissante, bientôt imitée puis réglementée. Malgré des restrictions corporatives visant à les exclure, leur influence technique et commerciale posa les bases de la tradition chocolatière bayonnaise.
Ainsi, Bayonne doit en grande partie à ces familles juives l’essor d’un des produits emblématiques de son identité gourmande.
Dans le nord-ouest ivoirien, les regards se baissent dès qu’il est question de cacao. « Personne ne vous parlera ici, les gens ont trop peur », souffle un planteur de Danané. Dans la première puissance cacaoyère mondiale, l’« or brun » n’est pas qu’une culture : c’est un pacte économique et politique, un héritage direct d’Houphouët-Boigny, et aujourd’hui un marché sous tension qui fait grimper le prix du chocolat dans les rayons européens.
Depuis les années 1960, la Côte d’Ivoire vit sous le modèle que le « Vieux » avait conçu : un prix garanti pour les paysans, une régulation centralisée via le Caistab, et une rente stable permettant à l’État d’asseoir sa politique. Cette architecture a longtemps assuré la paix sociale et l’ascension du pays. Mais si l’État fixe toujours un prix bord champ — 2.800 FCFA le kilo pour la campagne 2024, généreuse hausse décidée à la veille de l’élection — l’équilibre houphouëtiste s’effrite.
La raison : un cacao devenu trop précieux, trop rare, trop tentant. Le changement climatique, les maladies des cacaoyers et la chute des rendements ont fait flamber les cours, montés jusqu’à 13.000 dollars la tonne l’an dernier. Une envolée qui se répercute directement sur le coût du chocolat, mais pas sur les revenus des planteurs, qui voient à peine une fraction de cette manne. Alors, dans les zones frontalières, les trafiquants prospèrent.
À Danané, la scène est connue : des acheteurs surgissent dans les plantations, paient au-dessus du prix officiel, et se chargent du reste. En 2023-2024, près de 200.000 tonnes auraient quitté la Côte d’Ivoire clandestinement, un chiffre probablement sous-estimé.
Les routes empruntées sont les mêmes que celles utilisées jadis pour convoyer des armes. Quelques kilomètres plus loin, au Liberia ou en Guinée, le kilo de fèves se vend entre 3.000 et 5.000 FCFA — une différence impossible à ignorer dans une région où la pauvreté dépasse 50 %.
La contrebande prospère d’autant plus qu’elle bénéficie de complicités bien placées. À Sipilou, un réseau mêlant préfet, douaniers et policiers a récemment été démantelé. Selon la presse locale, chaque camion franchissant illégalement la frontière rapportait jusqu’à 15 millions de FCFA en pots-de-vin.
Le gouvernement a riposté avec une force spéciale, l’« Opération Verrou 322 ». Près de 600 tonnes ont été saisies depuis octobre 2024. Une goutte d’eau dans un trafic estimé à des dizaines de milliers de tonnes.
À Bruxelles, on s’inquiète aussi. L’Union européenne, qui transforme 60 % du cacao mondial, imposera dès 2026 une traçabilité stricte pour lutter contre la déforestation. Une réforme qui pourrait rebattre les cartes mais pose la même question que les planteurs : comment enrayer un système où les écarts de prix, les réseaux clandestins et la pauvreté rendent la tentation plus forte que les règlements ?
Houphouët-Boigny avait construit un édifice où stabilité rimait avec contrôle. Aujourd’hui, cet édifice tremble, emporté par une économie mondiale en surchauffe. Le cacao ivoirien n’a jamais autant rapporté. Mais jamais il n’a autant échappé au pays qui le fait pousser.
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