Depuis le début des années 2000, une nouvelle idéologie s’est enracinée dans les milieux technologiques californiens : le Rationalisme.
Ce que la logique pure, les mathématiques et la science permettraient de trouver des solutions objectives à tous les problèmes de l’humanité, ce mouvement s’est imposé comme une sorte de foi séculière pour une partie des élites de la Silicon Valley.
Contrairement au rationalisme philosophique classique (Descartes, Spinoza, Leibniz), cette version contemporaine ne se limite pas à « oser penser par soi-même ». Elle s’appuie sur une vision mathématisée du monde : l’univers et l’homme sont vus comme des ordinateurs, analysables et optimisables.
De grands noms de la tech y sont associés : Peter Thiel (PayPal, Palantir), Elon Musk, Sam Altman (OpenAI), des dirigeants de DeepMind et d’Anthropic, ou encore des figures controversées comme Sam Bankman-Fried.
Leur influence, directe ou indirecte, contribue à diffuser cette idéologie bien au-delà des cercles de réflexion, jusque dans la gestion d’entreprises qui façonnent la vie quotidienne de milliards d’individus.
Les rationalistes débattent dans des forums (notamment LessWrong.com) ou lors de conférences de questions existentielles : comment assurer la survie de l’humanité face à l’arrivée d’une superintelligence artificielle ? Faut-il coloniser l’espace ? Comment optimiser la morale et le comportement humains ?
Leur promesse : qu’une meilleure version de nous-mêmes est possible, à condition d’apprendre « l’art de mieux penser ». Ce credo a séduit des jeunes technophiles souvent éloignés de la religion traditionnelle et en quête de sens. Des organisations comme le Center for Applied Rationality ou le Machine Intelligence Research Institute forment une véritable infrastructure de formation et de recrutement, notamment à Berkeley, où un campus entier sert de centre d’attraction.
Mais cette quête d’objectivité radicale entraîne aussi des dérives. Certains groupes dissidents (Black Lotus, Leverage Research) ont été accusés de pratiques abusives : manipulation psychologique, excès de drogues, violence. Le rationalisme, en cherchant une vérité absolue, tend parfois vers une forme de fondamentalisme intellectuel.
Le rationalisme reprend un rôle que d’autres idéologies avaient déjà joué dans la tech : hippie-capitalisme des années 1970, utopies libertariennes de l’ère Internet, slogans comme « Don’t Be Evil » ou « Move Fast and Break Things », puis les courants d’« Altruisme efficace » ou de « Longterminisme ». Toutes ces visions partagent l’idée de garantir l’avenir de l’humanité par l’innovation et la pensée systémique.
La « bible » des rationalistes, The Sequences d’Eliezer Yudkowsky, promet aux initiés succès, bonheur et un rôle d’élite façonnant l’avenir de la civilisation. Cette dimension quasi religieuse, combinant peur de l’apocalypse et espoir d’un salut technologique, amène certains à qualifier le rationalisme de « techno-secte ».
Le rationalisme est ainsi devenu, selon le New York Times, la nouvelle religion du Silicon Valley. En prétendant dépasser les limites de la politique, de la morale ou de l’égalité sociale, il offre une vision séduisante mais controversée : celle d’un futur façonné par une élite technologique, convaincue que la raison pure et les algorithmes suffiront à sauver l’humanité. On s'en est aprçu avec le passage éclair d'elon Musk à la Maison Blanche.
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Cet article est personnel, je ne prétends pas être ni un scientifique, ni un historien, ni un professionnel du journalisme...
C'est délicat de témoigner quand on est un profane, mais dans ce blog j'exprime en général un coup de coeur
d'après l'actualité , et le lecture de ma revue de presse internationale quotidienne
les photos et films sont prises sur le web, là aussi pour une utilisation strictement personnelle, privée.English
Since the early 2000s, a new ideology has taken root in Californian tech circles: Rationalism.
Based on the belief that pure logic, mathematics, and science can provide objective solutions to all of humanity’s problems, this movement has established itself as a kind of secular faith for part of Silicon Valley’s elite.
Unlike classical philosophical rationalism (Descartes, Spinoza, Leibniz), this contemporary version is not limited to “daring to think for oneself.” It relies on a mathematical vision of the world: the universe and human beings are viewed as computers, analyzable and optimizable.
Some of tech’s biggest names are associated with it: Peter Thiel (PayPal, Palantir), Elon Musk, Sam Altman (OpenAI), leaders of DeepMind and Anthropic, as well as controversial figures such as Sam Bankman-Fried.
Their influence, direct or indirect, helps spread this ideology well beyond think tanks, into the management of companies that shape the daily lives of billions of people.
Rationalists debate on forums (notably LessWrong.com) or at conferences about existential questions: how to ensure humanity’s survival in the face of a future superintelligent AI? Should we colonize space? How can morality and human behavior be optimized?
Their promise: a better version of ourselves is possible, provided we learn the “art of better thinking.” This credo has attracted young technophiles, often distant from traditional religion and searching for meaning. Organizations like the Center for Applied Rationality or the Machine Intelligence Research Institute have built an entire infrastructure of training and recruitment, especially in Berkeley, where a whole campus serves as a hub.
But this quest for radical objectivity also brings excesses. Some dissident groups (Black Lotus, Leverage Research) have been accused of abusive practices: psychological manipulation, drug abuse, violence. Rationalism, in its search for absolute truth, sometimes veers toward a kind of intellectual fundamentalism.
Rationalism takes up a role that other ideologies once played in tech: 1970s hippie-capitalism, the libertarian utopias of the Internet era, slogans like “Don’t Be Evil” or “Move Fast and Break Things,” followed by movements such as Effective Altruism or Longtermism. All these visions share the idea of securing humanity’s future through innovation and systemic thinking.
The “bible” of rationalists, The Sequences by Eliezer Yudkowsky, promises initiates success, happiness, and an elite role in shaping civilization’s future. This quasi-religious dimension, combining fear of apocalypse with hope for technological salvation, has led some to call rationalism a “techno-sect.”
Thus, Rationalism has become, according to the New York Times, the new religion of Silicon Valley. By claiming to transcend the limits of politics, morality, or social equality, it offers a seductive yet controversial vision: that of a future shaped by a technological elite, convinced that pure reason and algorithms alone will save humanity. This became clear with Elon Musk’s fleeting passage through the White House.
Español
Desde principios de los años 2000, una nueva ideología ha echado raíces en los círculos tecnológicos de California: el Racionalismo.
Partiendo de la idea de que la lógica pura, las matemáticas y la ciencia pueden aportar soluciones objetivas a todos los problemas de la humanidad, este movimiento se ha consolidado como una especie de fe secular para parte de la élite de Silicon Valley.
A diferencia del racionalismo filosófico clásico (Descartes, Spinoza, Leibniz), esta versión contemporánea no se limita a “atreverse a pensar por sí mismo”. Se apoya en una visión matematizada del mundo: el universo y el ser humano son vistos como ordenadores, analizables y optimizables.
Grandes nombres de la tecnología están vinculados a esta corriente: Peter Thiel (PayPal, Palantir), Elon Musk, Sam Altman (OpenAI), directivos de DeepMind y Anthropic, así como figuras controvertidas como Sam Bankman-Fried.
Su influencia, directa o indirecta, contribuye a difundir esta ideología mucho más allá de los círculos de reflexión, llegando a la gestión de empresas que moldean la vida cotidiana de miles de millones de personas.
Los racionalistas debaten en foros (en particular LessWrong.com) o en conferencias sobre cuestiones existenciales: ¿cómo garantizar la supervivencia de la humanidad frente a la llegada de una superinteligencia artificial? ¿Debemos colonizar el espacio? ¿Cómo optimizar la moral y el comportamiento humanos?
Su promesa: una mejor versión de nosotros mismos es posible, siempre que aprendamos el “arte de pensar mejor”. Este credo ha seducido a jóvenes tecnófilos, a menudo alejados de la religión tradicional y en búsqueda de sentido. Organizaciones como el Center for Applied Rationality o el Machine Intelligence Research Institute han creado una verdadera infraestructura de formación y captación, especialmente en Berkeley, donde un campus entero actúa como centro de atracción.
Pero esta búsqueda de objetividad radical también acarrea excesos. Algunos grupos disidentes (Black Lotus, Leverage Research) han sido acusados de prácticas abusivas: manipulación psicológica, consumo excesivo de drogas, violencia. El racionalismo, en su afán por alcanzar una verdad absoluta, tiende a veces hacia una forma de fundamentalismo intelectual.
El racionalismo retoma un papel que otras ideologías ya habían desempeñado en la tecnología: el hippie-capitalismo de los años 70, las utopías libertarias de la era de Internet, lemas como “Don’t Be Evil” o “Move Fast and Break Things”, seguidos de corrientes como el Altruismo Eficaz o el Longterminismo. Todas estas visiones comparten la idea de garantizar el futuro de la humanidad mediante la innovación y el pensamiento sistémico.
La “biblia” de los racionalistas, The Sequences de Eliezer Yudkowsky, promete a los iniciados éxito, felicidad y un papel de élite en la construcción del futuro de la civilización. Esta dimensión cuasi religiosa, que combina miedo al apocalipsis y esperanza en una salvación tecnológica, lleva a algunos a calificar al racionalismo de “tecno-secta.”
Así, el racionalismo se ha convertido, según el New York Times, en la nueva religión de Silicon Valley. Al pretender superar los límites de la política, la moral o la igualdad social, ofrece una visión seductora pero polémica: la de un futuro moldeado por una élite tecnológica, convencida de que la razón pura y los algoritmos bastarán para salvar a la humanidad. Esto quedó patente con el fugaz paso de Elon Musk por la Casa Blanca.
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